L'INCARCÉRATION de José Bové intervient
alors que le dossier OGM, après plusieurs mois de somnolence,
se réveille vigoureusement. C'est sur le terrain international
que la bataille a redémarré, après la décision
des Etats-Unis, mi-mai, de lancer un recours auprès de
l'OMC (Organisation mondiale du commerce) contre le moratoire
de l'Union européenne sur les plantes transgéniques.
Une réunion à Genève, le 19 juin, a confirmé
la volonté américaine de poursuivre la procédure.
Les Etats-Unis reprochent essentiellement à la position
européenne de manquer de fondement scientifique. Les
Européens invoquent l'incertitude sur les effets à
long terme des OGM sur la santé et sur l'environnement,
et donc la nécessité de les encadrer pour déceler
à temps d'éventuels effets.
La position de Bruxelles est renforcée par la prochaine
entrée en vigueur du protocole sur la biosécurité,
permise par sa ratification le 13 juin dernier par l'Etat
de Palau. Le protocole, dit aussi " de Carthagène
", entérine " l'approche de précaution
" à l'égard des OGM et encadre leur commerce
de règles, notamment d'étiquetage, qui rejoignent
la réglementation européenne. Or, il est spécifié
que le protocole n'est pas " subordonné à
d'autres accords internationaux ", ce qui signifie qu'il
n'est pas inférieur à l'OMC. Les Etats-Unis
ont refusé de signer le protocole, mais il est clair
qu'en la matière l'OMC n'est pas le seul juge international.
Subventions étatiques
Plusieurs Etats africains ont annoncé leur intention
de lancer un recours contre les subventions à la culture
du coton ( Le Monde du 16 juin). Elles perturbent le prix
du marché mondial et exercent une pression à
la baisse sur les revenus des cultivateurs africains. Or,
le coton américain, transgénique à 75
%, est un des rares succès des OGM qui repose sur des
subventions étatiques de plus en plus difficiles à
justifier.
Les OGM vont aussi revenir sur la scène européenne
dans les jours prochains : le Parlement européen doit
adopter définitivement, dans sa séance du 2
juillet, deux règlements sur l'étiquetage et
la traçabilité des produits transgéniques.
Dans une première lecture, en juillet 2002, le Parlement
de Strasbourg avait adopté une première mouture
des textes imposant un étiquetage rigoureux : les produits
transgéniques, mais aussi ceux dérivés
d'OGM ainsi que les aliments transgéniques pour animaux
devront être étiquetés spécifiquement.
Le Conseil européen des ministres a accepté
cette formulation, et le vote du 2 juillet devrait clore le
processus, ouvrant la voie à une levée du moratoire
adopté en juin 1999 par les ministres européens.
Cependant, de nouveaux amendements pourraient surgir, notamment
sur la coexistence entre agriculture transgénique et
agriculture biologique. Leur adoption obligerait à
un nouveau passage devant le Conseil des ministres, ce qui
retarderait la levée du moratoire, prévue en
septembre.
La controverse transgénique n'agite pas que l'Europe
et les Etats-Unis. En Australie, un vif débat a lieu
autour de l'autorisation du colza OGM, sur lequel plusieurs
Etats ont posé un moratoire. En Inde, les performances
du coton transgénique chez les petits paysans suscitent
une controverse. Et le Brésil se débat entre
une interdiction officielle de la culture transgénique
et l'arrivée de semences pirates de soja OGM.
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