Les députés de Strasbourg devaient adopter,
mercredi 2 juillet, des règles sur la traçabilité
et l'étiquetage des produits transgéniques, permettant
ainsi de mettre fin prochainement aux restrictions adoptées
par l'Union. Mais le débat sur la " coexistence
" avec les autres types d'agriculture n'est pas clos
LE VERROU posé sur les produits transgéniques
en Europe devait sauter partiellement, mercredi 2 juillet
: à moins d'une énorme surprise, le Parlement
européen devait adopter, à Strasbourg, deux
règlements sur l'étiquetage et la traçabilité
des OGM. Dès lors, une levée du moratoire sur
les OGM est envisageable à l'automne. Le compromis
intervenu conclut plus de deux ans de tractations entre le
Parlement, la Commission européenne et le Conseil des
ministres des Quinze.
Conscient de l'enjeu, le Parlement a consacré, mardi
1er juillet, une grande partie de ses débats aux textes
proposés. Même les représentants écologistes
ont soutenu ceux-ci, sur lesquels ils ont beaucoup pesé.
" Cette législation européenne sera extrêmement
ambitieuse par rapport à ce qui se fait dans le reste
du monde ", a observé Paul Lannoye, un député
Vert belge. Les partisans des OGM sont aussi satisfaits :
" Le génie génétique est une excellente
opportunité. Nous n'avons pas de preuve que les OGM
constituent une menace ", a expliqué la conservatrice
britannique Caroline Jackson (PPE). Le commissaire européen
en charge de la protection des consommateurs, l'Irlandais
David Byrne, s'est pour sa part réjoui de propositions
destinées " à garantir un haut niveau de
protection pour la santé humaine et animale ".
Il sera désormais obligatoire de mentionner sur les
étiquettes la présence d'OGM dans les produits
alimentaires quand les ingrédients seront transgéniques
à plus de 0,9 %. Cette disposition vaut également
pour les aliments destinés aux animaux. En revanche,
il ne sera pas nécessaire d'indiquer que les animaux
eux-mêmes ont été nourris aux céréales
transgéniques. Par ailleurs, l'étiquetage sera
nécessaire au-delà du seuil de 0,5 % concernant
des composants OGM non autorisés au sein de l'Union,
mais présents de manière fortuite sur des produits
vendus en Europe, après contamination, par exemple,
dans les soutes des cargos utilisés pour transporter
des organismes génétiquement modifiés.
Cette tolérance est valable dans un premier temps pour
trois ans ; après ce délai, les OGM non autorisés
seront définitivement proscrits. Par ailleurs, la traçabilité
des OGM devra être totale, des semis au produit fini,
afin de pouvoir retrouver le responsable d'une éventuelle
contamination.
La sévérité de ces règles fait
dire à Hiltrud Breyer, députée des Grünen
(Verts) allemands, que " le moratoire politique, au niveau
des principes, sera ainsi remplacé par une sorte de
moratoire économique : dans la pratique, ce sont les
consommateurs, globalement opposés aux OGM, qui vont
pouvoir choisir en fonction des étiquettes ".
nouvelles discussions
Le moratoire sur les nouvelles autorisations d'OGM, adopté
en juin 1999 par le Conseil des ministres européens
à travers deux déclarations (seuls le Royaume-Uni,
l'Irlande et la Finlande s'étaient abstenus), est en
effet de nature politique. Juridiquement, rien n'interdit
la culture et le commerce des OGM en Europe. Mais le choix
opéré en 1999 soumettait la fin du moratoire
à des règles claires sur la traçabilité
et l'étiquetage des OGM, qui sont maintenant posées.
Les ministres devraient entériner ces règlements
dès septembre, et ils entreront aussitôt en vigueur
dans chacun des Etats membres. Par ailleurs, les procédures
d'autorisation des OGM ont été revues et renforcées
par la directive 2001/18. Il n'y a ainsi, en principe, plus
d'obstacle politique à une réouverture des portes
de l'Europe aux produits transgéniques, ce qui pourrait
intervenir à la fin de l'année.
Cette évolution permettra-t-elle de réduire
le contentieux apparu avec les Etats-Unis ? Washington a déposé,
en mai, un recours devant l'Organisation mondiale du commerce
contre le blocage des OGM par les Quinze. Le vote du Parlement
et sa confirmation par les ministres élimineront le
principal motif du courroux américain. Mais, derrière
le moratoire, c'est bien l'identification même des OGM
que vise Washington : un porte-parole américain, Richard
Millis, a ainsi déclaré que " l'étiquetage
des aliments ne devrait pas être dissuasif. Nous pensons
que la nouvelle loi européenne ne respectera pas cette
règle. " Il n'est ainsi pas exclu que la plainte
américaine à l'OMC évolue pour mettre
en cause la réglementation européenne sur les
OGM, et pas seulement le moratoire.
La porte européenne sera ouverte avec d'autant plus
de prudence que les députés de Strasbourg ont
posé une nouvelle mine sur le parcours d'obstacles
que tentent de franchir les partisans des OGM : du fait que
ceux-ci, par la diffusion du pollen qui leur est naturellement
associée, peuvent contaminer les champs non transgéniques,
leur coexistence avec les autres types d'agriculture, notamment
l'agriculture biologique, est problématique. Les députés
ont, pour cette raison, adopté un amendement incitant
chaque Etat membre à prendre des mesures afin de limiter
ces risques de contamination. Une nouveauté qui ne
va pas assez loin aux yeux des détracteurs des OGM,
car aucune obligation ni aucune contrainte chiffrée
ne sont fixées aux Etats membres. Mais il est clair
qu'un espace est ici ouvert dans les différents pays
pour de nouvelles discussions et blocages des OGM : leur culture
serait ainsi interdite jusqu'à ce qu'une législation
nationale sur la coexistence soit adoptée. Tout dépendra
maintenant de l'attitude des gouvernements et du poids de
l'opinion publique.
P/
Hervé Kempf et Philippe Ricard (à Strasbourg)

|