Les Echos du 26 mai 2005

Pour une Organisation des Nations unies pour l'environnement
par Serge Lepeltier, Jürgen Tritten et Cristina Narbona Ruiz


Depuis le début des années 1970, les problèmes environnementaux ont investi la politique mondiale. Le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) est l'institution chargée de ces problématiques. Ce programme d'envergure modeste a été créé en 1972 pour aborder les nombreux problèmes écologiques à l'échelle internationale. Depuis lors, les problèmes environnementaux se sont multipliés et, en dépit des nombreux traités internationaux signés, d'énormes lacunes sont constatées dans la mise en oeuvre des politiques environnementales mondiales.

Malgré tous les efforts engagés, nous conduisons collectivement la planète vers une catastrophe écologique en raison de la surexploitation de ses ressources, de l'extinction d'espèces, de la destruction des forêts tropicales et donc de l'amoindrissement des opportunités de développement des générations présentes et à venir. Plus de 1,2 milliard de personnes à travers le monde vivent avec moins de 1 dollar par jour. 2,6 milliards ne disposent pas de services d'assainissement de base, et 2 milliards n'ont pas accès à l'énergie. Nous devons progresser. L'environnement mondial ainsi que le bien-être de milliards de personnes méritent d'être au coeur des préoccupations. La protection de notre environnement est décisive pour la survie de l'humanité et constitue, par conséquent, une affaire de sécurité internationale, tout aussi importante que la lutte contre le terrorisme. Lors de la Conférence sur l'environnement et le développement de 1992 à Rio et du sommet de Johannesburg sur le développement durable en 2002, tous les pays se sont engagés à mettre en application des mesures et objectifs ambitieux et concrets dans les domaines de la pauvreté, de l'énergie, de l'eau et de l'assainissement, de la biodiversité, de la déforestation, de la pollution du milieu marin, de l'économie circulaire et de la prévention des risques chimiques. A Johannesburg, l'une des conclusions marquantes a été l'engagement à augmenter significativement la part mondiale des sources d'énergie renouvelables.

Il y a quelques semaines, lors de la présentation de son rapport sur la réforme des Nations unies, Kofi Annan, secrétaire général de l'ONU, a déclaré que les objectifs convenus de manière multilatérale pouvaient être atteints, à condition que les Etats membres soient disposés à adopter des décisions concrètes et spécifiques cette année. Dans la mesure où nous approchons d'une décision sur la manière dont les Nations unies seront réformées, nous accueillons très favorablement la recommandation de Kofi Annan de constituer « une structure mieux intégrée » de gouvernance environnementale internationale. Trente-trois ans après la mise en place du PNUE, les structures institutionnelles des Nations unies dans le domaine de l'environnement ne sont plus en mesure de répondre aux défis environnementaux croissants. Cette réalité est perceptible en dépit du travail efficace de l'actuel directeur exécutif du PNUE, Klaus Töpfer, contraint de composer avec des structures insuffisamment opérantes.

Les exigences élevées de la Déclaration du millénaire et du sommet de Johannesburg ne pourront être satisfaites que si la protection de l'environnement relève d'une organisation internationale comparable à celles ayant compétence dans d'autres grands domaines de la politique internationale. Ce n'est pas le cas actuellement avec le PNUE, qui n'est pas un acteur de même nature que les principaux acteurs du système des Nations unies, et n'est pas comparable à l'Organisation mondiale du commerce, la Banque mondiale ou le Fonds monétaire international. L'architecture de la gouvernance environnementale internationale doit être adaptée aux défis du XXIe siècle. Il n'est pas viable que l'institution défendant les questions de survie de notre planète ne demeure qu'un associé en second de l'ONU. La réunion de haut niveau des Nations unies, qui aura lieu en septembre 2005 sera le moment propice pour faire pression en faveur de l'élimination du déséquilibre existant. Avec le soutien de nos chefs d'Etat et de gouvernement, Jacques Chirac, Gerhard Schröder et José Luis Rodríguez Zapatero, nous proposons de transformer le PNUE en une Organisation des Nations unies pour l'environnement qui siégera à Nairobi. Cette proposition stratégique est également soutenue par un nombre croissant de pays développés et en voie de développement, dont la Chine. Comparable à l'Organisation mondiale de la santé et l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, l'Organisation des Nations unies pour l'environnement, qui opérerait sur une base financière stable et plus large, aurait une bien meilleure position que celle du PNUE :

- pour mettre en place des règles et des structures appropriées en vue de préserver l'équilibre entre la mondialisation économique et les besoins de l'environnement mondial ;
- pour fournir une orientation politique aux nombreux organes souverains régissant les accords environnementaux multilatéraux, ainsi qu'à l'ensemble du système des Nations unies et aux établissements financiers internationaux ;
- pour garantir que les engagements des sommets de Rio et de Johannesburg resteront prioritaires et feront l'objet d'un suivi adapté ;
- pour soutenir les pays en voie de développement, en coopération avec les principales agences de développement, dans la mise en oeuvre de politiques environnementales nationales, régionales et internationales ;
- pour aborder les problèmes environnementaux urgents tels que la perte de la biodiversité, le changement climatique, la pollution atmosphérique et des eaux, les modes de consommation et de production, les catastrophes écologiques, l'alerte lointaine, la prévention des conflits transfrontaliers et la réhabilitation postconflit, en coopération avec d'autres organisations internationales telles que la Banque mondiale, le Programme de développement des Nations unies, le Fonds pour l'environnement mondial et les organes compétents dans le cadre des accords environnementaux multilatéraux ;
- pour sensibiliser la population mondiale à la situation écologique délicate à laquelle l'humanité a du mal à faire face.

Une solide Organisation des Nations unies pour l'environnement est nécessaire. Il est plus que temps de créer cette institution tournée vers le changement.

SERGE LEPELTIER, JÜRGEN TRITTIN ET CRISTINA NARBONA RUIZ sont respectivement ministre français de l'Ecologie et du Développement durable, ministre allemand de l'Environnement et de la Sûreté nucléaire, ministre espagnol de l'Environnement.

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