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Depuis le début des années 1970, les problèmes
environnementaux ont investi la politique mondiale. Le Programme
des Nations unies pour l'environnement (PNUE) est l'institution
chargée de ces problématiques. Ce programme
d'envergure modeste a été créé en
1972 pour aborder les nombreux problèmes écologiques à l'échelle
internationale. Depuis lors, les problèmes environnementaux
se sont multipliés et, en dépit des nombreux
traités internationaux signés, d'énormes
lacunes sont constatées dans la mise en oeuvre des
politiques environnementales mondiales.
Malgré tous les efforts engagés, nous conduisons
collectivement la planète vers une catastrophe écologique
en raison de la surexploitation de ses ressources, de l'extinction
d'espèces, de la destruction des forêts tropicales
et donc de l'amoindrissement des opportunités de développement
des générations présentes et à venir.
Plus de 1,2 milliard de personnes à travers le monde
vivent avec moins de 1 dollar par jour. 2,6 milliards ne
disposent pas de services d'assainissement de base, et 2
milliards n'ont pas accès à l'énergie.
Nous devons progresser. L'environnement mondial ainsi que
le bien-être de milliards de personnes méritent
d'être au coeur des préoccupations. La protection
de notre environnement est décisive pour la survie
de l'humanité et constitue, par conséquent,
une affaire de sécurité internationale, tout
aussi importante que la lutte contre le terrorisme. Lors
de la Conférence sur l'environnement et le développement
de 1992 à Rio et du sommet de Johannesburg sur le
développement durable en 2002, tous les pays se sont
engagés à mettre en application des mesures
et objectifs ambitieux et concrets dans les domaines de la
pauvreté, de l'énergie, de l'eau et de l'assainissement,
de la biodiversité, de la déforestation, de
la pollution du milieu marin, de l'économie circulaire
et de la prévention des risques chimiques. A Johannesburg,
l'une des conclusions marquantes a été l'engagement à augmenter
significativement la part mondiale des sources d'énergie
renouvelables.
Il y a quelques semaines, lors de la présentation
de son rapport sur la réforme des Nations unies, Kofi
Annan, secrétaire général de l'ONU,
a déclaré que les objectifs convenus de manière
multilatérale pouvaient être atteints, à condition
que les Etats membres soient disposés à adopter
des décisions concrètes et spécifiques
cette année. Dans la mesure où nous approchons
d'une décision sur la manière dont les Nations
unies seront réformées, nous accueillons très
favorablement la recommandation de Kofi Annan de constituer « une
structure mieux intégrée » de gouvernance
environnementale internationale. Trente-trois ans après
la mise en place du PNUE, les structures institutionnelles
des Nations unies dans le domaine de l'environnement ne sont
plus en mesure de répondre aux défis environnementaux
croissants. Cette réalité est perceptible en
dépit du travail efficace de l'actuel directeur exécutif
du PNUE, Klaus Töpfer, contraint de composer avec des
structures insuffisamment opérantes.
Les exigences élevées de la Déclaration
du millénaire et du sommet de Johannesburg ne pourront être
satisfaites que si la protection de l'environnement relève
d'une organisation internationale comparable à celles
ayant compétence dans d'autres grands domaines de
la politique internationale. Ce n'est pas le cas actuellement
avec le PNUE, qui n'est pas un acteur de même nature
que les principaux acteurs du système des Nations
unies, et n'est pas comparable à l'Organisation mondiale
du commerce, la Banque mondiale ou le Fonds monétaire
international. L'architecture de la gouvernance environnementale
internationale doit être adaptée aux défis
du XXIe siècle. Il n'est pas viable que l'institution
défendant les questions de survie de notre planète
ne demeure qu'un associé en second de l'ONU. La réunion
de haut niveau des Nations unies, qui aura lieu en septembre
2005 sera le moment propice pour faire pression en faveur
de l'élimination du déséquilibre existant.
Avec le soutien de nos chefs d'Etat et de gouvernement, Jacques
Chirac, Gerhard Schröder et José Luis Rodríguez
Zapatero, nous proposons de transformer le PNUE en une Organisation
des Nations unies pour l'environnement qui siégera à Nairobi.
Cette proposition stratégique est également
soutenue par un nombre croissant de pays développés
et en voie de développement, dont la Chine. Comparable à l'Organisation
mondiale de la santé et l'Organisation des Nations
unies pour l'alimentation et l'agriculture, l'Organisation
des Nations unies pour l'environnement, qui opérerait
sur une base financière stable et plus large, aurait
une bien meilleure position que celle du PNUE :
- pour mettre en place des règles et des structures
appropriées en vue de préserver l'équilibre
entre la mondialisation économique et les besoins
de l'environnement mondial ;
- pour fournir
une orientation politique aux nombreux organes souverains
régissant les accords environnementaux
multilatéraux, ainsi qu'à l'ensemble du système
des Nations unies et aux établissements financiers
internationaux ;
- pour garantir que les
engagements des sommets de Rio et de Johannesburg resteront
prioritaires et feront l'objet
d'un suivi adapté ;
- pour soutenir
les pays en voie de développement,
en coopération avec les principales agences de développement,
dans la mise en oeuvre de politiques environnementales nationales,
régionales et internationales ;
-
pour aborder les problèmes environnementaux urgents
tels que la perte de la biodiversité, le changement
climatique, la pollution atmosphérique et des eaux,
les modes de consommation et de production, les catastrophes écologiques,
l'alerte lointaine, la prévention des conflits transfrontaliers
et la réhabilitation postconflit, en coopération
avec d'autres organisations internationales telles que la
Banque mondiale, le Programme de développement des
Nations unies, le Fonds pour l'environnement mondial et les
organes compétents dans le cadre des accords environnementaux
multilatéraux ;
- pour sensibiliser
la population mondiale à la situation écologique
délicate à laquelle l'humanité a du
mal à faire face.
Une solide Organisation des Nations unies pour l'environnement
est nécessaire. Il est plus que temps de créer
cette institution tournée vers le changement.
SERGE LEPELTIER, JÜRGEN TRITTIN ET CRISTINA NARBONA
RUIZ sont respectivement ministre français de l'Ecologie
et du Développement durable, ministre allemand de
l'Environnement et de la Sûreté nucléaire,
ministre espagnol de l'Environnement.

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