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Institution. La création
d'une agence internationale bute sur des obstacles politiques
et financiers.
L'Organisation mondiale de l'environnement
en friche
Par Laure NOUALHAT
mercredi 24 décembre 2003
Presque tout le monde en veut, mais personne ne sait sous
quelle forme. L'Organisation mondiale de l'environnement (OME)
était au centre d'un colloque organisé à
Sciences-Po la semaine dernière, auquel participaient
plusieurs personnalités politiques, dont Laurent Fabius,
Dominique Voynet ou Yves Cochet.
Lors du colloque, les participants se sont interrogés
sur la forme à donner à cette «chose».
Faut-il créer une institution ex nihilo sur le modèle
d'une organisation onusienne ou faire converger les programmes
en cours, comme celui des Nations unies pour l'environnement
(Pnue) et les centaines d'accords multilatéraux existants
? Avec un budget annuel ridicule 50 millions de dollars
, le Pnue ne peut plus faire face aux défis écologiques
de la planète. Une OME idéale pourrait renforcer
le droit international, notamment en créant une cour
mondiale de l'environnement ; créer une veille écologique
mondiale ; et aider les pays en développement à
intégrer les préoccupations environnementales.
Dominique Voynet et Yves Cochet rêvent même que
«l'OME impose la primauté des règles environnementales
sur les règles commerciales». Une douce utopie
soutenue par Susan George, vice-présidente d'Attac
: «L'économie est le système total dont
la nature n'est qu'un sous-système, alors que dans
la réalité, c'est l'inverse.»
Autre problème, la création de l'OME est suspendue
à une vulgaire question de financement, comme l'indiquait
récemment à Libération un haut fonctionnaire
des Nations unies. Créer une agence internationale
reviendrait à obliger les pays membres à contribuer
à son fonctionnement, selon un barème mis en
place après la guerre, contesté par de nombreux
pays. Aujourd'hui, les contributions au Pnue sont volontaires,
d'où son budget dérisoire.
L'idée d'une OME est pourtant à la mode. L'ONG
française Agir pour l'environnement a lancé
une campagne nationale en juillet sur cette initiative, et
même Jacques Chirac a fait savoir qu'il était
«personnellement convaincu de la création d'une
telle organisation». Seulement, cette initiative ne
date pas d'hier. Proposée dans les années 80,
retoquée, puis remise sur le tapis en 2001 pour contrer
la toute-puissance d'une OMC à mille lieues des questions
environnementales, l'idée achoppe régulièrement
sur l'hostilité des pays du Sud et des Etats-Unis,
qui y voient un frein possible au libre-échange.
En effet, tous les pays ne voient pas l'émergence
d'une entité supranationale d'un très bon oeil.
Par exemple, lorsque les militants d'Agir pour l'environnement
se rendent en septembre à l'ambassade américaine,
ils sont accueillis avec une certaine froideur. «Ils
ont une grande réticence à voir un organe supranational
dicter leur conduite en matière d'environnement, raconte
Narito Harada. Ils fixent leurs règles eux-mêmes
au niveau de chaque Etat et n'entendent pas que cela change.»
Les Américains veulent bien d'une meilleure cohérence
au sein du Pnue, mais pas de nouveau «machin».
«Entre un gros machin et rien du tout, il vaut mieux
un machin», rétorque Dominique Voynet. De toute
façon, l'accord des Américains n'est pas nécessaire,
comme le signale Yves Cochet. «Beaucoup de conventions
existent sans eux, par exemple, la Convention sur les mines
antipersonnel ou sur la biodiversité.»
© Libération

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