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Au-delà de l'horreur, le drame du tunnel du Mont-Blanc
pourrait être le symbole d'une certaine irresponsabilité
française dans le domaine de la route et des transports.
Certes, cet accident est " exceptionnel ", comme
l'a dit Lionel Jospin. Il faut souhaiter que l'enquête
technique et administrative lancée par le ministre
de l'intérieur et celui des transports ainsi que l'information
judiciaire ouverte pour homicide involontaire aillent au bout
des responsabilités et permettent de comprendre les
raisons de cette catastrophe. De même, on ne peut qu'approuver
la décision de contrôler, l'ensemble des tunnels
de plus d'un kilomètre de long.
Mais au-delà des circonstances, de la vétusté
de l'équipement et des éventuelles fautes humaines,
c'est toute la logique de l'expansionnisme du transport routier
qui est, une nouvelle fois, mise en accusation : sur les 35
millions de tonnes de marchandises qui transitent, chaque
année, entre l'Italie et la France, 10 seulement sont
acheminées par voie ferrée. La vallée
de Chamonix est devenue un couloir à poids lourds,
source d'insécurité et de pollution.
Un temps, les Chamoniards ont espéré en l'un
des " quatorze grands projets " de l'Union européenne,
imaginé en 1995 : relier Lyon et Turin par une liaison
à grande vitesse, combinant voyageurs et marchandises,
selon la technique du ferroutage. Cette " autoroute ferroviaire
" exigerait d'importants investissements. Malgré
l'accord de principe des gouvernements italien et français,
en octobre 1997, son ouverture ne pourrait pas avoir lieu
avant 2015, voire plus tard. Il est pourtant grand temps de
privilégier d'autres modes de transport. Le Mont-Blanc
n'est pas une fatalité. Il est la preuve par l'absurdité
du " tout-routier " justifié par la recherche
forcenée d'une rentabilité économique
à tout prix. Mais la route est sacrée, et le
lobby routier toujours aussi puissant en France.
Cette puissance s'exprime par le retard du rail, mais aussi
par les résistances à de véritables mesures
en faveur de la sécurité. En 1998, la route
a fait 8437 morts : pour la première fois depuis dix
ans, ce chiffre est à nouveau en augmentation. Les
causes de l'hécatombe sont connues : vitesse, alcool.
Or le gouvernement de Lionel Jospin ne s'est guère
mobilisé, depuis son arrivée, alors qu'il faut
intensifier à la fois prévention et répression.
La fameuse selon laquelle on peut traverser la France sans
voir un képi est malheureusement une réalité,
alors même que la file de gauche des autoroutes ressemble
de plus en plus à une piste de vitesse. Pourquoi ne
pas créer une véritable police de la route comme
dans d'autres pays ? La justice est aussi en cause, qui n'inflige
que de la prison avec sursis à qui tue par imprudence
caractérisée.
Un comité interministériel doit être
consacré à la sécurité routière
vendredi 2 avril. Il n'est que temps d'inverser la tendance
à la primauté de la route et de prendre des
mesures énergiques, voire radicales contre toutes les
formes d'insécurité sur la route. La catastrophe
de Chamonix aura-t-elle au moins servi d'électrochoc
?
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