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Vallée d'Aspe de notre correspondant régional
La guerre de la vallée a duré près de
quinze ans dans la montagne pyrénéenne, entre
Oloron-Sainte Marie (Pyrénées-Atlantiques) et
Canfranc (province d'Aragon). Pas tout à fait une guerre
civile, mais une violente opposition, à coups de voitures
et demaisons brûlées, de bulldozers détruits,
de manifs-commandos, de condamnations judiciaires et de haines
aiguisées entre partisans et opposants de la constuiction
du tunnel du Somport et del'élargissement de la RN
134, à travers l'étroite et sauvage vallée
du gave d'Aspe.
Caricaturalement, le conflit mettait en présence deux
blocs qu'on pensait irréductibles : ceux qui croyait
à la route et au camoin, porteurs, selon eux, d'ouverture
et de développement économique ; ceux qui n'y
croyaient pas, et qui, au nom de la préservation du
patrimoine naturel, défendaient à la fois l'ours
et les brebis, le tourisme vert, l'économie pastorale.
Aujourd'hui, la situation est extravagante : le tunnel routier,
objet de toutes les passions contradictoires, est en voie
d'achèvement, les travaux d'élargissement sont
réalisés pour moitié... et les deux camps
se retrouvent au coude au coude pour exiger que l'on ne fasse
pas transiter les camoins par la route et le tunnel -un millier
par jour-, mais qu'on réhabilite l'ancienne voie de
chemin de fer, afin de mettre les poids lours sur des trains.
"On est tous devenus amis"
C'est donc au moment où les infrastructures lourdes,
qui devaient faciliter le transit routier de marchandises
entre l'Europe du Nord et l'Espagne via l'axe E7, sont entrées
dans la réalité du paysage -pour les sommes
rondelettes de 1 milliard de francs (environ 152 millions
d'euros) sur les huit kilomètres du tunnel et de 1,2
milliard sur les travaux de la route nationale -que la solution
rouitière a des chances d'être abandonnée.
Au profit de l'alternative ferrée, prônée
depuis quinze ans par une poignée d'individus têtus
en dépit de quolibets, de menaces et de la prégnance
del'air du temps.
Ces contestataires ont aujourd'hui le sourire. Eric Pététin,
"l'indien" irréductible, huit fois mis en
prison pour sa défense intransigeante et parfois provocante
de la vallée (il a été placé en
garde à vue une nouvelle fois mardi, après avoir
bloqué deux camions et creusé une tranchée
sur la RN134), ouvre les bras : "C'est génial,
on est tous devenu amis. Je jouis d'avance de cette victoire
de la vallée." Jean-Marc Procope, président
du collectif d'associations regroupées dans Alternative
Somport, renchérit : "Toutes les conditions sont
réunies pour la réouverture de la ligne de chemin
de fer. On voit enfin le bout du tunnel."
Les quelques milliers de manifestants, réunis dimanche
23 mai en une vaste chaîne humaine pour s'opposer à
la déviation de bedous, étaient à l'unisson.
Sans doute avaient-ils le sentiment d'accomplir leur dernière
manifestation, l'ultime petit tour avant de célébrer
définitvement "la victoire".
C'est que les signes ne trompent pas. La plupart des élus
locaux, de François Bayrou, président UDF du
conseil général, à Jean lasalle (UDF),
le tonitruant conseiller général d'Accous, porte-parole
des partisans du tunnel, militent désormais ouvertement
pour la réouverture de la voie ferrée. Le ministre
des transpotrs, Jean-Claude Gayssot, a promis une participation
de l'Etat à hauteur de 25% -la ligne coûterait
envrion 1 milliards de francs pour être électrifiée,
modernisée et mise au bon écartement. Réseau
férré de France (RFF), qui gère désormais
les infrastructures ferroviaires, participerait pour 25%,
Bruxelles pour 20%. Madrid soutient. Seul le conseil régional
d'Aquitaine traîne encore les pieds. Mais la réouverture
devrait figurer au programme du prochain contrat de plan Etat-Région
(300 millions de francs sur trois ans).
La ministre de l'environnement et de l'aménagement
du territoire, Dominique Voynet, a envoyé un message
aux participants de la manifestation de dimanche. Elle y rappelle
la rpiorité accordée par le gouvernement au
transport ferrovaire et affirme que "la RN134 constitue
un axe secondaire, qui n'a pas vocation à être
le support d'un itinéraire de transit routier international
Bordeaux-Saragosse".
Ferroutage
Enfin, un rapport du conseil général des ponts
et chaussées devrait être prochainement rendu
public, qui évoque "une politique de Gribouille"
à propos du pillotage de l'opération routière.
"Il a fallu les quarante morts du tunnel du Mont Blanc,
estime Alain Cazenave-Piarrot, président du comité
pour la réouverture de la ligne Oloron-Canfranc, pour
qu'enfin le président de la République parle
de ferroutage. Reste à faire entrer les faits dans
les mots. Ici peut commencer à se mettre en oeuvre
une politique des transports raisonnable. Il est temps qu'on
s'en rende compte." L'effet Mont-Blanc est passé
par le Somport. L'accident dans les Alpes était dramatiquement
imprévu, mais il semble avoir fortement contribué
à remettre tout le monfde sur les bons rails, dans
les Pyrénées.
Jean-Paul Besset
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