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Environ 500 personnes selon la gendarmerie, trois fois plus
selon les organisateurs, ont formé, hier, une chaîne
humaine dans le petit village pyrénéen de Bedous,
à l'appel de plusieurs organisations écologistes,
pour protester contre un projet de route à grande circulation
qui doit traverser la vallée d'Aspe.
Celui-ci doit rejoindre le tunnel franco-espagnol du Somport
dont l'ouverture est prévue en 2001.
La chaîne a démarré à 15 heures
du stade de Bedous et s'est transformée au bout d'une
heure en marche le long du gave d'Aspe, empruntant symboliquement
le tracé d'une future déviation de la RN 134,
longue de 4,5 km, dont les travaux doivent commencer prochainement.
Parmi les participants figuraient notamment Antoine Waechter,
ancien président du Mouvement écologiste indépendant
(MEI), Denis Baupin, porte-parole nationale des Verts, et
Eric Pétetin, leader des opposants à cet axe
routier.
Aucun incident n'a été signalé. La chaîne
humaine s'est disloquée vers 16h30 pour se transformer
en une marche entre les deux communes, distantes de quelque
6 km.
Pour gagner deux heures
Depuis une dizaine d'années, les écologistes
de la vallée pyrénéenne multiplient les
actions. Et pour la première fois, c'est un large collectif
d'écologistes qui avait appelé à la manifestation.
Parmi eux, les Verts, Greenpeace, Alternative Somport, France
Nature Environnement, WWF, Initiative Pyrénées,
La goutte d'eau, Moutain Wilderness, ou encore le collectif
Sepanso Béarn Pyrénées.
Sur les banderoles brandies par les manifestants, venus de
la France entière, on pouvait notamment lire "
Sauvons notre air, notre eau et nos paysages " ou "
Non au tout camion, oui à l'alternative ferroviaire
! ".
La déviation de Bedous fait parti d'un vaste projet
routier devant relier la France à l'Espagne par la
vallée d'Aspe, et dont l'ouvrage le plus important
est le tunnel du Somport, déjà percé
mais dont l'ouverture à la circulation est subordonnée
à l'aménagement de sa route d'accès,
la RN 134. Seuls huit des 70 km prévus ont pour le
moment été réalisés.
Le nouvel axe doit permettre de gagner deux heures pour relier
Pau à Saragosse en voiture.
Les opposants au projet estiment que la nouvelle voie rapide
va défigurer la Vallée d'Aspe et lui faire courir
un risque de pollution par les camions.
Ils préconisent une solution ferroviaire passant par
le remise en état de la ligne Pau-Saragosse.
" Nous sommes coincés, à la tête
des petites communes, par la puissance des lobbies routiers
qui écrasent tout sur leur passage et ne nous demandent
pas notre avis ", a estimé le maire de Bedous,
Robert Ballangué, qui participait à la chaîne.
Le chaîne humaine, organisée hier, est un nouvel
épisode de la guérilla menée contre l'axe
routier Pau-Saragosse par ses opposants, qui ont notamment
déposé de nombreux recours juridiques pour s'opposer
à sa construction. Eric Pétetin a, lui été
condamné à plusieurs reprises, notamment pour
" dégradation volontaire ".
Une lettre de Dominique Voynet
Depuis 1995, quelques 3000 personnes, dont l'actuelle ministre
de l'environnement, Dominique Voynet, ont acheté de
petites parcelles de terrain à différents endroits
stratégiques du tracé pour freiner les expropriations.
Les défenseurs de la vallée d'Aspe ont repris
espoir avec une lettre envoyée vendredi, à Greenpeace,
par Mme Voynet dans laquelle la ministre de l'Environnement
et son collègue des Transports, Jean-Claude Gayssot,
estiment que " la RN 134 est un axe secondaire qui n'a
pas vocation à être un support de transport international
".
A la suite de cette lettre, dont le contenu a été
révélé samedi, à Bedous, par Bruno
Rebelle, directeur général de Greenpeace France,
les opposants à l'axe routier ont demandé "
des actes et pas seulement des paroles ".
En tête du défilé à Bedous, Bruno
Rebelle, directeur général de Greenpeace France,
a souligné que " la perspective de voir 2.000
camions circuler tous les jours en vallée d'Aspe est
une perspective que nous n'acceptons pas ".
" Il y a un patrimoine local à défendre,
une biodiversité à préserver ",
a-t-il expliqué. " Ce type de projet va dans le
même sens que la politique des transports qui est développée
depuis 30 ans et qui donne la priorité à la
route par rapport à d'autres alternatives ".
De l'avis de Bruno Rebelle, cette politique est " coûteuse
pour le contribuable et dangereuse en matière d'environnement.
Le coût de l'opération (route et tunnel du Somport)
s'élèvent à 6 milliards de francs, alors
que la remise en service de la voie de chemin de fer Pau-Canfranc
n'atteint qu'un milliard et demi de francs ".
Ligne ferroviaire " gelée "
Les partisans du " ferroutage " prônent la
réouverture de la ligne ferroviaire Pau-Canfranc, qui
n'a jamais été mise en service entre la France
et l'Espagne. Le choix du " ferroutage " a été
abandonné localement depuis le 27 mars 1970. A la suite
d'un accident purement matériel, la section Bedous-Canfranc
a été fermée à tout trafic. Ce
jour-là, un couplage de locomotives remorquant un train
de céréales a dû s'immobiliser en pleine
rampe en raison du verglas recouvrant le rail. Deux agents
sont descendus sur la voie afin de procéder à
un sablage manuel, mais les freins de la rame se sont desserrés.
L'ensemble a alors déraillé et a percuté
le tablier métallique de l'ouvrage qui s'est effondré
dans le gave avec l'ensemble du train. Depuis, la ligne ferroviaire
du Somport est immobilisée.
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