Vallée d'Aspe
Chaîne humaine contre voie express
La Montagne - 24 mai 1999


Environ 500 personnes selon la gendarmerie, trois fois plus selon les organisateurs, ont formé, hier, une chaîne humaine dans le petit village pyrénéen de Bedous, à l'appel de plusieurs organisations écologistes, pour protester contre un projet de route à grande circulation qui doit traverser la vallée d'Aspe.

Celui-ci doit rejoindre le tunnel franco-espagnol du Somport dont l'ouverture est prévue en 2001.

La chaîne a démarré à 15 heures du stade de Bedous et s'est transformée au bout d'une heure en marche le long du gave d'Aspe, empruntant symboliquement le tracé d'une future déviation de la RN 134, longue de 4,5 km, dont les travaux doivent commencer prochainement.

Parmi les participants figuraient notamment Antoine Waechter, ancien président du Mouvement écologiste indépendant (MEI), Denis Baupin, porte-parole nationale des Verts, et Eric Pétetin, leader des opposants à cet axe routier.

Aucun incident n'a été signalé. La chaîne humaine s'est disloquée vers 16h30 pour se transformer en une marche entre les deux communes, distantes de quelque 6 km.

Pour gagner deux heures

Depuis une dizaine d'années, les écologistes de la vallée pyrénéenne multiplient les actions. Et pour la première fois, c'est un large collectif d'écologistes qui avait appelé à la manifestation. Parmi eux, les Verts, Greenpeace, Alternative Somport, France Nature Environnement, WWF, Initiative Pyrénées, La goutte d'eau, Moutain Wilderness, ou encore le collectif Sepanso Béarn Pyrénées.

Sur les banderoles brandies par les manifestants, venus de la France entière, on pouvait notamment lire " Sauvons notre air, notre eau et nos paysages " ou " Non au tout camion, oui à l'alternative ferroviaire ! ".

La déviation de Bedous fait parti d'un vaste projet routier devant relier la France à l'Espagne par la vallée d'Aspe, et dont l'ouvrage le plus important est le tunnel du Somport, déjà percé mais dont l'ouverture à la circulation est subordonnée à l'aménagement de sa route d'accès, la RN 134. Seuls huit des 70 km prévus ont pour le moment été réalisés.

Le nouvel axe doit permettre de gagner deux heures pour relier Pau à Saragosse en voiture.

Les opposants au projet estiment que la nouvelle voie rapide va défigurer la Vallée d'Aspe et lui faire courir un risque de pollution par les camions.

Ils préconisent une solution ferroviaire passant par le remise en état de la ligne Pau-Saragosse.

" Nous sommes coincés, à la tête des petites communes, par la puissance des lobbies routiers qui écrasent tout sur leur passage et ne nous demandent pas notre avis ", a estimé le maire de Bedous, Robert Ballangué, qui participait à la chaîne.

Le chaîne humaine, organisée hier, est un nouvel épisode de la guérilla menée contre l'axe routier Pau-Saragosse par ses opposants, qui ont notamment déposé de nombreux recours juridiques pour s'opposer à sa construction. Eric Pétetin a, lui été condamné à plusieurs reprises, notamment pour " dégradation volontaire ".

Une lettre de Dominique Voynet

Depuis 1995, quelques 3000 personnes, dont l'actuelle ministre de l'environnement, Dominique Voynet, ont acheté de petites parcelles de terrain à différents endroits stratégiques du tracé pour freiner les expropriations.

Les défenseurs de la vallée d'Aspe ont repris espoir avec une lettre envoyée vendredi, à Greenpeace, par Mme Voynet dans laquelle la ministre de l'Environnement et son collègue des Transports, Jean-Claude Gayssot, estiment que " la RN 134 est un axe secondaire qui n'a pas vocation à être un support de transport international ".

A la suite de cette lettre, dont le contenu a été révélé samedi, à Bedous, par Bruno Rebelle, directeur général de Greenpeace France, les opposants à l'axe routier ont demandé " des actes et pas seulement des paroles ".

En tête du défilé à Bedous, Bruno Rebelle, directeur général de Greenpeace France, a souligné que " la perspective de voir 2.000 camions circuler tous les jours en vallée d'Aspe est une perspective que nous n'acceptons pas ".

" Il y a un patrimoine local à défendre, une biodiversité à préserver ", a-t-il expliqué. " Ce type de projet va dans le même sens que la politique des transports qui est développée depuis 30 ans et qui donne la priorité à la route par rapport à d'autres alternatives ".

De l'avis de Bruno Rebelle, cette politique est " coûteuse pour le contribuable et dangereuse en matière d'environnement. Le coût de l'opération (route et tunnel du Somport) s'élèvent à 6 milliards de francs, alors que la remise en service de la voie de chemin de fer Pau-Canfranc n'atteint qu'un milliard et demi de francs ".

Ligne ferroviaire " gelée "

Les partisans du " ferroutage " prônent la réouverture de la ligne ferroviaire Pau-Canfranc, qui n'a jamais été mise en service entre la France et l'Espagne. Le choix du " ferroutage " a été abandonné localement depuis le 27 mars 1970. A la suite d'un accident purement matériel, la section Bedous-Canfranc a été fermée à tout trafic. Ce jour-là, un couplage de locomotives remorquant un train de céréales a dû s'immobiliser en pleine rampe en raison du verglas recouvrant le rail. Deux agents sont descendus sur la voie afin de procéder à un sablage manuel, mais les freins de la rame se sont desserrés. L'ensemble a alors déraillé et a percuté le tablier métallique de l'ouvrage qui s'est effondré dans le gave avec l'ensemble du train. Depuis, la ligne ferroviaire du Somport est immobilisée.

 

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