La ligne ferroviaire Pau-Canfranc: Jospin ravive un rêve de trente ans Par Jérôme DAQUIN
AFP - 06 février 2001


PAU, 6 fév (AFP). La réouverture de la ligne ferroviaire Pau-Canfranc évoquée lundi par Lionel Jospin à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) a de quoi réjouir ceux qui, dans les Pyrénées-Atlantiques, militent pour cela depuis une trentaine d'années, mais certains élus restent sceptiques.

Les propos du Premier ministre français interviennent quelques jours après la condamnation à Pau à six mois de prison ferme du militant écologiste Eric Petetin, partisan vigoureux de l'arrêt des travaux routiers en vallée d'Aspe et de la réouverture de la voie ferrée Pau-Canfranc.

Mise intégralement en service en 1928, après deux décennies de travaux, la ligne ferroviaire n'a plus vu passer un seul train depuis plus de 30 ans. L'idée de sa construction remonte aux années 1850, Français et Espagnols souhaitant relier Pau à Saragosse, via Canfranc, où fut achevée, en 1925, la gare internationale, sorte de réplique de la gare d'Orsay plantée sur le versant espagnol des Pyrénées.

Elle assurait une correspondance quotidienne avec Madrid et une liaison tri-hebdomadaire avec Valence.

Toutefois, en mars 1970, un train de maïs dérailla côté français, arrachant le pont de l'Estanguet, près de Bedous. Arguant d'un déficit chronique important, la SNCF refusa alors de rétablir la liaison, qui se limita à un service Oloron-Bedous jusqu'en 1980 pour les voyageurs et 1985 pour les marchandises.

Témoins de cette épopée restent aujourd'hui rails rouillés, consoles de caténaires déformées, mais aussi 24 tunnels, dont un de 7.874 m de long, ainsi que des ponts et des gares (certains encore en état), qui sont autant d'arguments pour les partisans d'une reprise de la liaison Pau-Canfranc.

"C'est la première fois qu'un chef de gouvernement prononce de telles paroles", souligne André Lassus, porte-parole du Collectif Alternatives Somport, même s'il déplore ne rien savoir encore sur "les mécanismes de financement et le calendrier".

Les écologistes, qui ont multiplié ces dernières années les manifestations, ne sont pas seuls partisans de la réouverture. En juillet 2000, le Conseil économique et social régional avait souligné dans un rapport la nécessité de développer prioritairement la liaison ferroviaire Pau-Canfranc-Saragosse, qui permettrait le passage de quelque deux millions de tonnes de frêt par an, en complément d'une liaison routière, cette dernière étant toutefois plus controversée.

Partisan de la réouverture, le député Michel Inchauspé (RPR) a cependant émis quelques réserves dès lundi soir sur Radio-France Bleu Pays-Basque, estimant qu'il ne suffisait pas "de faire un investissement, il faut trouver l'utilisateur. Et ni la SNCF ni la RENFE ne se sont manifestées à ce sujet".

"Il est difficile d'engager des crédits, qu'ils soient de l'Etat, du département ou de la région, sans connaître le gestionnaire final", a estimé M. Inchauspé, selon qui cette réouverture, "c'est un peu le serpent de mer alors que c'est un serpent de fer que nous souhaiterions".

Le conseiller général Jean-Jacques Lasserre (UDF) se déclare, lui, "extrêmement sceptique", "eu égard au tonnage qui passera" en fait par cette liaison. "C'est un miroir aux alouettes", estime-t-il, "une réponse plaisante, sympathique et non dénuée de démagogie", au problème du transport transfrontalier.

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