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Après sept ans de luttes acharnées, la vallée
d'Aspe a perdu la bataille du tunnel du Samport qui, d'ores
et déjà achevé, s'ouvrira à la
circulation dès l'an 2000. Mais aujourd'hui, les habitants
de la vallée pyrénéenne voient se profiler
la perspective d'un axe rapide européen qui pourrait
décharger un flux continu de camions entre les montagnes.
Un désastre écologique et financier qu'ils tendent
d'éviter en mettant en avant l'alternative ferrroviaire.
Vallée d'Aspe, vallée sympa ", signale
un vieux panneau rouillé sur le bord de la RN 134.
Un slogan relégué au temps où la vallée
n'était pas déchirée entre partisants
du tunnel, du " désenlavement ", et défenseurs
de la nature, des derniers ours, ou simples adeptes d'un développement
conforme aux équilibres locaux... Après sept
ans d'affrontements et d'ivresses militantes, la vallée
dAspe se réveille avec la gueule de bois, Les 70 gendarmes
mobiles qui gardaient les alentours du tunnel du Somport ont
plié bagages. A 1000 mètres d'altitude, des
ouvriers s'activent encore devant son entrée mais le
creusement des 8,6 kilomètres vers l'Espagne est bel
et bien achevé. Après finition, il ouvrira en
l'an 2000. Et tout restera à résoudre ! "
L'argent est rare et létat est Pauvre ", commente
Michel Thibault de la Direction départementale des
routes (DDE). Selon ses prévisions les plus optimistes
la transformation de la petite et sinueuse nationale ne sera
pas achevée avant 2012. Où passera le trafic
? " A /a simple vue d'un camion, je suis capable de dire
quelle matière dangereuse il transporte. C'est une
science dont je me passerais ". Jean-Luc Palacio, membre
du Collectif alternatives Somport, regarde s'éloigner
un poids lourd le long de Sarrance. Le village a déjà
été dévié mais la vallée
est étroite et l'engin passe toujours à proximité
des maisons. Le Collectif dénonce la création
d'un couloir à camions " quand on veut tuer un
chien, ondit qu'il a la rage ".
Nous ne construisons même pas la moitié d'une
autoroute ", dément Michel Thibault directeur
de la DDE. Pour l'instant, une moyenne de 100 transporteurs
empruntent chaque jour la route. Il n'y aura pas plus 250
véhicules quotidiens après l'ouverture ctbtunnel.
il va assurer l'avenir économique des Aspois ",
affirme Guy Labrux, conseiller technique à la Chambre
de commerce et d'industrie de Pau. Mais des études
indépendantes montrent que d'ici vingt ans, jusqu'à
2 500 poids lourds par jour pourraient circuler sur la RN
134. De fait en 1990, dans les sphères dirigeantes
de la CEE, elle a été rebaptisée axe
européen ( E7 ". Tout un programme. " On
a perdu la bataille du tunnel, mais une politique intelligente
qui ne détruise pas tous les équilibres écologiques
et humains est encore possible, explique Jean-Luc Palacio.
La tension entre opposants et partisans du projet est retombée
dans la vallée. Les élus locaux, qui avaient
promis monts et merveilles, pleurent maintenant misère
et esseyent de limiter les dégâts ". Au
lieu dit " laume Castaing de la Sep Bearn. Mais c'est
une mission impossible en haute montagne. Les passages à
ours sont un gadget. Les habitants réclament à
juste titre des déviations et une mailleure route mais
on en profite pour leur imposer une voie rapide surdimensionnée
". Association écologique dénorice la transformation
en canal du Gave, la rivière qui court dans la vallée.
L'empierrement nécessaire pour les travaux augmente
le courant, les risques de crues, déstabilise les berges
et détruit armi d'autres... les fontaines d'Escot ",
rebaptisé " la sale tranchée ", les
aménageurs ont défiguré la montag ne.
"Après cette soi gnée, des experts ont
été missionnés et un cahier des charges
oblige 1,7 DDE à minimiser l'impact de la route, reconnaît
Gui !
" Jospin-Gayssot-Voynet, vos promesses rose-rouges-vertes
sont grises comme le béton de l'axe 7 ", s'impatiente
Eric Petetin devant la discrétion du nouveau gouvernement
Militant emblématique de la lutte contre le tunnel,
il organise toujours dans son refuge alternatif (voir encadré)
des " brigades intemationotes " aux méthodes
radicales mais non violentes : occupation de chantiers, pneus
d'engins dégonflés, graviers déversés.
" En sept ans, il y a eu beaucoup d'enthousiasme et de
déceptions, explique-t-il. Le clima général
est plutôt au défaitisme chez les anti-oxes alors
que nous sommes désormais majoritaires. Le Collecti
accepte l'idée des déviations en espérant
obtenir l'interdiction du transit des camions internationaux
d'ici cinq ans. Mais si l'ini frastructure routière
existe, elle sera utilisée. Il ne faut pas relâcher
la pression ".
Dès 1995, à Bedous, au coeur de la vallée,
sur un mode d'action expérimenté au Larzac,
3 160 personnes ont acheté en indivision des terres
pour freiner l'expropriatio,n, et bloquer les travaux routiers
pour la déviation prévue au coeur des terres
agricoles. Parmi les propriétaires: Dominique Voynet.
Le 2 mai, le Collectif d'habitants à l'origine de l'initiative
avec Alternatives Somport, a pourtant ptëféré,
organiser son rassemblement annuel de protestation dans la
ville d'Oloron, à l'entrée de la vallée,
pluôt qu'à Bedous même. "La population,
et bloauer les travaux routiers pour la déviation prévue
au cur des terres agricoles. Parmi les propriétaires
: Dominique Voynet le 2 mai, le collectif d'habitants à
l'orifine de l'initiatice avec Alternative Samport, a pourtant
préféré organiser son rassemblement annuel
de protestation dans la ville d'Oleron, à l'entrée
de la vallée, plutôt qu'à Bedous même.
" La lutte s'est déplacée La véritable
catastrophe, ce n'estpas le tunnel mais roxe européen,
souligne Jean-Pieire Bergès, co-fondateur du Collectif
d'habitants. Notre objectif est un rééquilibrage
entre le rail et la route. Nous voulons empêcher l'autoroute
Bordeaux-Pau et surtout Oloron-Pau, un entonnoir à
voitures vers la vallée ".
Depuis l'accident du 27 mars 1970, où un train de
marchandises a déraillé, les 58 kilomètres
de la voie ferrée entre Oloron et Canfranc, en Espagrie,
et le tunnel ferroviaire, percé en 1928, ne sont plus
utilisés. Sa fermeture avait mobilisé élus
et population puis la ferveur était retombée.
Des autocars assurent désormais trois allers et retours
chaque jour pour les passagers. Les valléens, 2 000
habitants majoritairement très âgés et
respectueux de leurs élus, se réfugient souvent
dans le scepticisme. "Je voudrais bien qu'ils ouvrent
la ligne mais je ne crois plus vraiment depuis le temps qu'on
le promet, souligne Gilberte Casahoursat, responsable de l'association
des commerçants du vallon de Bedous Les gens s'ennuient
ici, Par mauvais temps c'est un véritable tombeau.
Sans réfléchir, j'étais favorable au
tunnel et à la route. Mais j'ai compris que /a voie
rapide et les déviations ne feront pas s'arrêter
les touristes, au contraire ".
Le Comité pour la réouverture de la ligne 01oron
- Canfranc (Creloc) évalue à 1 500 millions
de francs le coût de la remise en service, le prix du
seul tunnel routier. Uaménagement de la route a déjà
coûté 230 millions, au minimum 700 millions restent
à trouver. Selon la loi d'orientation sur les transports
intérieurs (Loti), une évaluation
d'ensemble aurait dû permettre une étude com-
parée des solutions routières et ferroviaires.
Mais les enqêtes sur l'utilité publique des
travaux ont été tronçonnés, sans
permmttre une réflexion globale. " Pour nous,
la gabegie de cette histoire est aussi importante que les
dégâts environnementaux. " dénonce
Christophe Desbat, agrculteur et membre de la coordination
autonome des comités Samport. Elle explique l'aventure
malheureuse de la vallée d'Aspe au delà de l'entente
cordiale en Midi-Pyrénée entre les élus
UDF, RPR et PS (Seule la section socialiste de la vallée
a toujours combattue l'axe E7 "), par la logique de profit
à court terme , défendue par les grands groupes
industriels européens. Mais tout arrive en vallée
dAspe ! A la surprise de ses détracteurs,
Jean Lassalle, conseiller général de la vallée
depuis vingt ans, président du parc national et promoteur
infatigable de la route et du tunnel, se manifeste avec vigueur
pour le chemin de fer. , Ce n'est pas une conversion, explique-t-il.
En luttant pour le tunnel, fat rendu l'aména_qement
de la route incontournable Et maintenant la priorité
revient au rail, la met . lieure antidote au trop-plein de
camions ". Étrange et coûteux détour.
Or le temps presse. En haut lieu, on évoque une traversée
pyrénéenne ferroviaire en ferroutage (camions
sur trains) du côté du Vignemalle en 2025.
Le chemin de fer en Aspe mieux adapté au transport
combiné (containers sur rail) sera-t-il une nouvelle
fois renvoyé aux oubliettes ? A Canfranc, le j . eune
maire espagnol refuse l'hypothèse. (f La route sans
le rail, ce serait un désastre pour l'élevage
et le tourisme, explique-t-il. En Espagne comme en Fronce,
c'est seulement une question de volonté politique.
Mais le lobby de la route est puissant ". Et Eric Petetin
d'espérer en écho : - La voie ferrée,
ce serait grandiose, une réconciliation entre pleins
d'acteurs de cette histoire ubuesque, un beau symbole pour
cette fin de siècle ".
L'exemple Suisse
En Suisse, le transport marchandises tient dans un mot qu'on
commence à Econnaître : le ferroutage (camions
sur trains). Uinitiative des Alpes, acceptée en votations
populaires par le peuple en février 1994, propose que
la Confédération protège la région
alpine des nuisances provoquées par le trafic routier
de transit. A cet effet, elle encourage le transfert de la
route au rail. A la demande du ministre suisse en charge des
Transports, Moritz Leuenberger, les Chemins de fer fédéraux
suisses (CFF) ont présenté une conception globale
du trafic marchandise avec des solutions pour les camions
qui traverseront les Alpes par le Gothard (*) et le Loetschberg
(*). En matière de ferroutage, la Suisse a des capacités,
à condition de corriger l'angle d'attaque des tunnels
qui fait probtème pour des camions de quatre mètres
de haut, précisément ceux que les réglernentations
en vigueur n'autorisent pas sur les routes suisses. Un stratagème
technique a permis de lever cette contrainte et les grands
camions européens pourront passer au Loetschberg et
au Simplon (*) dès le 1 "janvier 1999. Les CFF
travaillent ici main dans la main avec les italiens pour tenir
cet engagement et s'ils entrevoient le moment où le
passage sera possible, ils savent aussi qu'il sera limité
dans la mesure où il existe déjà un intense
trafic voyageurs et marchandises sur ces passages...
Rail et Route en chiffre
- Le transport de marchandises par camion coûte plus
cher que par train. Pour un poids lourd de 15 tonnes de fret,
le surcoût par rapport au transport ferroviaire a été
évalué à 6 francs par kilomètre.
- La société subventionne cinq fois plus le
transport routier que le transport ferroviaire de marchandises.
- En France, 83 % des échanges (marchandises vendues
et achetées avec un pays limitrophe) se font par poids
lourds.
- 7 % du transit en France (marchandises simplement de passage
pour être livrées dans un autre pays) s'opère
par le train. En Autriche, ce chiffre est porté à
39 % et à 80 % en Suisse.
- En volume, le transit de marchandises est plus im dans
les Pyrénées -dans les Alpes. 98 O/, de ce ,
transit s"effectué'oài camions.
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