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URDOS (Pyrénées-Atlentiques) et CANFRANC (Espagne)
Nulle part ailleurs l'herbe ne peut être plus verte.
C'est ce qui frappe d'abord dans cette vallée d'Aspe
où la végétation recouvre les pentes
les plus raides, comme aquarellisées par un facétieux
coloriste. Entre Oloron et le col du Samport, treize villages
regroupent en ore quelque 2800 habitants, qui s'arrangent
avec l'idée qu'ils se font de l'enclavement et de la
qualité de la vie. La symphoni du quoridien est encore
ici pastorale, les brebis montagnardes produisent un lait
qui fait toute la saveur du fromage Osanlraty. Et au milieu
coule une rivière de rêve, le gave d'Aspe, l'un
de nos derniers gros torrents sauvages.
L'affaire qui agite cette happy valley béarnaise a
débuté en 1970, lorsque la vieille ligne de
chemin de fer, entre Oloron et Canfranc, de l'autre côté
de la frontière, dans lrAragon, a été
fermée à la suite d'un accident matériel
et abandonnée, au non de la rentabilité. Après
dix ans de bataille de rail du rail, les partisans de sa réouverture
baissè-rent les bras. Et puis, sous l'impulsion d'un
jeune Conseiller général, Jean Lassalle (UDF)
qui rallia les maires du canton à l'idée de
" désenclaver "la vallée, le percement
d'un tunnel routier sous le col du Samport a été
programmé, en 1988.
Malgré une très vive contestation, émaillée
d'affrontements dont Eric Péténifut le fer de
lance le percement de la galerie a été achevé
à l'été 1997, pour une mise en service
fin 2000.
Aujourd'hui, les anti-tunnel, notamment les Verts, prennent
acte de leur défaite,mais restent mobilisés
contre le futur axe routier européen Paris-Limoges-Valence
(dénommé E7) qui empruterait le tunnel. Une
autre forme de résistance, moins radicale, s'est organisée
au sein du Collectif altenative Samport. Celui-ci rdoute que
la vallée ne devienne un " couloir à camions
", où transiteraient jusqu'à 10 000 poids
lourds, drainés par une hypothétique autoroute
Pau-Oloron (toujours l'E7), en faveur de laquelle militent
les palementaires de tous bords.
Dans le nouveau contexte européen, une telle autoroute
a de moins en moins de chances de voir le jour. Mais, pour
les opposants, la modernisation en cours de la RN 134, voie
d'accès au tunnel, aui suppose une série de
déviations importantes -" on vacasser l'équilibre
valléen et tuer les commerces en évitant tous
les villages ", s'inquiète Louisette Mayereau,
ancienne présidente du collectif - revient à
la création d'une voierapide. " On a évité
les études d'impact que prévoit la loi en saucissonnant
les enquêtes d'utilité publique, avec pas moins
de neuf déclarations d'utilité publique éparpillées
sur 40 kilomètres ", S'indignent Paule et jean-Pierre
Berges, militants du comité d'habitants pour la vie
en vallée d'Aspe, principalement mo-; bilisés
contre la déviation de Bedous; 7 kilomètres
de contournement pour éviter 500 mètres de zone
urbanisée. Plus grave -. une bonne partie des aménagements,
en cours, canalisent ou endiguent le lit du gave d'Aspe, mettent
en péril sa,qualité écologique et les
populations de salmonidés.
Une course de lenteur semble désormais engagée
avec les proroutiers, à l'ardeur freinée par
les recours engagés, des problèmes techniques
' mais aussi le manque de crédits. Grâce à
la vigilance des écologistes, des précautions
esthétiques ont été prises pour préserver
les sites et la facture des premières tranches s'en
est trouvée alourdie.
On ignore encore comment aménager certains passages
délicats, comme le verrou du fort du Portalet, en évitant
le massacre à la pelleteuse opéré aux
fontaines d'Escot. Enfin, des crédits de l'Europe paraissent
indispensables pour financer les quelque 750 million s e francs
de travaux restent à réaliser, faute de quoi
il faudrait compter une douzaine d'année avant que
le tunnel débouche sur une route moins pittoresquement
sinueuse
Cette vraie-fausse voie rapide, nagère présentée
comme ayant une voccation de " grande liason internationale
" , pourrait bien finalement être surdimensionnée.
D'après une étude de la direction départementale
de l'équipement, le trafic routier aurait baissé
depuis quatre ans. Si l'on comptre encore, en moyenne annuelle,
5500 véhicules/jours à Assary, à l'entrée
de la vallée, ils ne seraient plus que 250000 en arrivant
à Bedous et, faute d'un prompt renfort, seulement 800
poids lourds. Parmi ceux-ci, les camions de maïs ou de
haricots verts exportés en Espagne, mais aussi les
semi-remorques chargés d'acide sulfurique ou de chlore,
qui montent vers le col-frontière puis resecendent
vide, à vitesse folle.
Une seule perspective échappe à 1'llypotliétiqtie:
celle d'une réouverture de la ligne ferroviaire, à
voie unique, certes, mais dont les très nombreux ouvrages
d'art - des tuiniiels à grand gabarit - sont presque
opérationnels. Côté français, les
travaux, électrification comprise, pour rouvrir les
58 kilomètres, sont estimés à 500 millions.
Et René Gouin-Rabal, ancien conseiller ferroviaire
à la chambre de commerce de l'Pau, met en avant les
conclusions (le bureau d'études ERES, " allemand
donc indépendant", selon lesquelles la liaison
Pau-Saragosse serait rentable.
" Lorsque la ligne TGV SévilleMadrid aura été
prolongée jusqii'à Saragosse distante de 180
kilomètres de Canfranc], cette dernière sera
la plaqtie?totirnante du réseau espagnol ", renchérit
Maryse Darsoilville, secrétaire dit comité pour
la réouverture de la ligne, qui Soithaite que la liaison
Pau-Saragosse soit inscrite ait schéma transeuropéen
de transport combiné (chargement des remorques ou de'
conteneurs sur des wagons).
La solution du fer - qui remplace aussi les rares autocars
- a cheminé dans les esprits au point d'y presque faire
consensus. Jean Lassalle annonce lui-rnême qu'il en
fera sa " nouvelle croisade ", et quelques locomotives
nationales, comme François Bayrou, président
(FD) du conseil général des Pyrénées-Atlantiqties,
se sont raccrocliées aux wagons. " Quand cet imbécile
de Pons avait dit "le Pau-Canfranc C'est fini",je
lui avais envoyé une lettre circonstenciée ",
rappelle fièrement M. Lassalle.
Côté espagnol, les choses sont dites encore
Plus clairement. on était favorable au tunnel et à
une modernisation de la route, mais on est au moins aussi
Partisan d'une relance de la voie ferrée. A I'occasion
du dernier séminaire gouvernemental il franco-espagnol,
début juillet) 3lois, le ministre des transports de
Madrid a informé Jean Claude Gayssot d'une résolution
parlementaire demandant la poursuite des études sur
la liaison PauSaragosse, et les deux ministres sont convenus
d'échanger les études menées de part
et d'autre de la frontière.
" Tous les camions doivent être mis sur le rail,
dans une optiqiie de développement durable et pour
que les habitants aient envie de rester, argumente sereinement
Victor Lopez, le jeune maire de Canfranc. Tolites les études
démontrent que le projet est viable, il nous reste
donc à changer la mentalité des technocrates
et à contourner le lobby des transports roiitiers.
" Chaque jour, deux trains de passagers et un train de
marchandises partent de Canfranc vers Saragosse et Valence.
Ces deux villes, qui abtitent des industries exportatrices
(automobile, notamment) seraient très intéressées
par une ouverture ferroviaire avec la France via le Somport.
Valeiice pourrait ainsi mieux se liositionner vis-à-vis
de sa vieille rivale Barcelone.
Comble d'irrationalité shadockienne; pour l'heure,
les céréales exportées de France en semi-reniorques
sont stockées dans des silos à Canfranc... avant
d'être chargées sur des wagons. C'est dire que
la monumentale gare baroque espagnole, vaste vaisseau fantôme
- dont le 70, anniversaire est célébré
avec faste, du 13 au 18 juillet, à ,travers - une exposition,
des concerts,' une fête populaire -, n'attend que sa
restauration, annoncée, pour devenir le symbole flamboyant
d'une renaissance.
Robert Belleret
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