Pesticides : Poison d'avril pour Noël

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Le 9 décembre dernier, Stéphane Le Foll, Ministre de l'agriculture, annonçait la chute fracassante de 5,7% de l'usage des pesticides entre 2011 et 2012. Pour le Ministère, cette nouvelle réjouissante traduisait les premiers résultats du plan national Ecophyto dont l'objectif principal est la baisse de 50% de l'utilisation des pesticides d'ici à 2018. Jusque là pourtant, ce plan était inefficace puisque à rebours des objectifs, l’utilisation des pesticides avait augmenté de 2,4 % entre 2008 et 2010.

Par Sophie Bordères

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Si les organisations engagées dans la lutte contre l'utilisation des pesticides saluaient cette annonce, ils semblaient cependant dubitatifs à l’égard des chiffres pour le moins surprenant ; et pour cause : l'annonce du Ministère ne tient en fait qu'à l'utilisation de données incomplètes qui ont biaisées les résultats. L'usage des pesticides entre 2011 et 2012 en France aurait en fait continué d'augmenter.

Ces chiffres, qui arrangeaient bien le Ministère, car montraient une stagnation de l'usage des pesticides sur la période 2009-2012, sont dus à la non prise en compte de 4% des quantités de substances vendues sur cette période pour calculer l'indice de recours aux produits phytosanitaires – dit NODU (nombre de doses unités).

Ce sont les services du ministère de l'agriculture qui sont en charge de calculer le NODU à partir des déclarations de vente des pesticides devant être reportées par les distributeurs avant le 31 mars de l'année en cours. Or, de nombreux distributeurs ont reporté ces informations en retard. Ce sont ces données qui n'ont pas été prises en compte dans les calculs du ministère qui s'est basé sur un fichier datant du mois de juin. Pourtant, une interrogation du fichier rassemblant les données à un mois du point d'étape du plan Ecophyto (soit en novembre dernier)  aurait permis d'intégrer les 4% manquant aux résultats.

Si ce tour de passe-passe a permis au ministre de l’Agriculture de communiquer positivement sur une thématique qui préoccupe de plus en plus les citoyens conscients des dangers sanitaires et environnementaux, cela démontre pourtant le cruel manque de volonté de l'Etat de mettre en place de réels changement des pratiques agricoles, allant jusqu'à truquer les chiffres pour valoriser leur non action.

Alors que la France est encore aujourd'hui l'un des plus gros consommateur de pesticides au monde, il est grand temps d'agir pour protéger les citoyens des conséquences sanitaires et environnementales de l'utilisation massives de pesticides mais aussi pour réduire l'utilisation tout en favorisant les alternatives, notamment par la promotion de l'agriculture biologique.