La Tribune - 25 septembre 2008
Les Européens revoient à la baisse leurs ambitions environnementales


Certains États membres veulent alléger les contraintes environnementales pesant sur leurs entreprises. De leur côté, les députés européens adoucissent les règles sur les émissions de CO 2 des automobiles.

Les nuages s'amoncellent au-dessus du projet européen en matière énergétique et de lutte contre le changement climatique. Baptisé " paquet énergie et climat ", ce projet, sur lequel se penchent les parlementaires de l'Union européenne en vue d'une possible adoption avant la fin de l'année, doit non seulement définir la stratégie de l'UE dans ce domaine sensible (réduction des émissions de CO2 de 20 % d'ici à 2020, augmentation de la part des énergies renouvelables à 20 %, etc.), mais aussi permettre de relancer les négociations internationales sur le climat.

Or les derniers signaux émis inquiètent les partisans d'un paquet ambitieux. Ces derniers jours, le gouvernement allemand s'est rangé aux côtés de ses lobbies industriels : ceux-ci sont vigoureusement opposés à la proposition de la Commission européenne visant à mettre aux enchères la totalité des quotas d'émission entre 2013 et 2020. Aujourd'hui gratuit, ce dispositif, une fois devenu payant, contraindrait les entreprises à limiter leurs rejets de CO2 et supporter dans leurs coûts une partie de cette pollution.

Mais Berlin cherche à exonérer de ces enchères certains secteurs très exposés à la concurrence internationale (acier, etc.) et à en limiter l'application à 20 % des quotas pour la plupart des autres secteurs, le reste des quotas continuant à être distribué gratuitement.

INQUIETUDE DES ONG

" Même la production d'électricité pourrait échapper à une mise aux enchères à 100 % ", s'inquiète-t-on à l'ONG WWF, qui rappelle que les revenus issus de ces enchères doivent en principe servir à investir dans la lutte contre le changement climatique et à aider les pays du Sud à y faire face.

Le risque est que d'autres États membres prennent modèle sur Berlin dans le contexte du ralentissement de l'activité mondiale. C'est également au nom de la compétitivité que la commission environnement du Parlement européen pourrait aujourd'hui se prononcer pour un allégement du projet de législation sur les émissions des automobiles. " Les constructeurs ont obtenu que la pleine application des pénalités en cas de dépassement des seuils d'émissions de CO2 soit retardée à 2015 au lieu de 2012 ", explique Stéphen Kerckhove, chez Agir pour l'environnement.

Hier Stavros Dimas, le commissaire européen à l'Environnement, s'est impatienté. " Nous avons une crise économique, nous avons une crise financière, nous avons une crise énergétique et nous avons une crise du climat. La crise du climat est permanente et menace la planète ", a-t-il fustigé. Pas question pour lui d'arriver à la conférence climat de Poznan, début décembre, avec un " paquet " trop édulcoré.

LAURENT CHEMINEAU AVEC YANN-ANTONY NOGHÈS, À BRUXELLES


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