Tribune libre - 18 décembre 2007 - Climat : De Bali à Paris…
Par Stéphen KERCKHOVE, Délégué général d’Agir pour l’Environnement, Michel DUBROMEL, Pilote du réseau "Transports" de France Nature Environnement, Olivier LOUCHARD, Coordinateur du Réseau Action Climat France


La conférence internationale sur le climat de Bali ferme à peine ses portes que des choix politiques doivent être faits, hic et nunc. Mercredi 19 décembre, la commission européenne présentera son projet de réglementation visant à réduire les rejets de gaz à effet de serre des véhicules particuliers commercialisés d’ici à 2012 dans les pays de l’Union. Depuis 1990, le secteur des transports a accru ses émissions de 26%, portant sa contribution à 23% du total des rejets européen de CO2.

En 1998, les constructeurs automobiles se sont engagés à réduire progressivement les rejets de gaz à effet de serre de leurs automobiles, pour les faire passer de 186 à 140 grammes de CO2 par kilomètre parcouru, à échéance 2008. A quelques jours de la date fatidique, force nous est de constater que les engagements des constructeurs seront loin d’être atteints, forçant les pays de l’Union européenne à passer à l’action afin d’y contraindre les constructeurs automobiles manifestement peu ou pas sensibles aux crises climatiques annoncées. Augmentation du poids unitaire des véhicules et de leur puissance et explosion des ventes de 4x4 à vocation urbaine sont les principales raisons expliquant un rejet moyen de CO2 des véhicules commercialisés en 2006 stagnant à 158 g/km… donc bien loin des objectifs annoncés !

Présentée officiellement en février dernier, le projet de la commission européenne affiche un objectif ambitieux de 120 grammes de CO2 par kilomètre, effectif d’ici à 2012. La commission s’attache à trouver depuis cette présentation un modus vivendi entre Etats membre, dont les intérêts industriels et stratégiques font apparaître de sérieuses divergences malgré le semblant d’unité affiché sur la scène internationale.

Par petites touches successives, les constructeurs ont su multiplier les angles de négociations, repoussant là la date de mise en œuvre, ici le seuil initial de rejet de CO2, là les procédures de sanction ou encore ici les modalités de calculs du seuil rendus totalement incompréhensibles pour le commun des mortels.

La France, dans ce grand jeu de lobbying européen où les constructeurs allemands mènent la danse, fait pale figure. Le Commissaire européen en charge des Transports, français d’origine, n’est pas associé directement aux négociations et les constructeurs français, qui auraient tout à gagner à obtenir une réglementation favorisant les véhicules de taille modeste faiblement émetteurs de CO2, se rangent docilement derrière les producteurs de grosses voitures polluantes !

La réglementation présentée par la commission européenne ouvre le chemin d’une grande négociation qui aboutira peut être à une transformation radicale du paysage automobile européen et mondial. A moins que le lobbying de l’association des constructeurs européens d’automobiles ne fasse plier celles et ceux qui se sont fait hier les chantres de l’ambition politique à Bali. La France aura la lourde tâche de faire aboutir cette réglementation dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne qui débutera au deuxième semestre de l’année prochaine.

Si la France échoue à faire adopter cette réglementation ou si elle accepte les assouplissements proposés par les constructeurs, une occasion –sans doute la dernière, aura été manquée. La légèreté avec laquelle cette question est actuellement appréhendée par les pouvoirs publics français est inquiétante. La France s'est pourtant fortement engagée lors du Grenelle en précisant qu'elle apporterait "son soutien au durcissement de la réglementation communautaire des émissions de CO2 des véhicules neufs commercialisés".

Après le semi-échec de Bali sous la pression du plus grand pollueur de la planète, y aura-t-il renoncements à Paris sous la pression des constructeurs automobiles, étonnamment adeptes du statu quo ? Gageons que la France saura enfin concilier le dire et le faire, afin que l’image du pouvoir ne se résume plus au seul pouvoir de l’image.

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