Le Monde - 26 janvier 2009
La grande peur des antennes téléphoniques,
par Dominique Dhombres


Rien ne prouve la nocivité des antennes-relais installées partout en France par les opérateurs de téléphonie mobile. Rien ne prouve leur innocuité, non plus. C'est le constat, un peu désespérant, du remarquable documentaire de Sébastien Deurdilly diffusé dimanche 25 janvier sur France 5.

On ne voit ni n'entend les ondes électromagnétiques produites par ces antennes. Il faut lever la tête, en ville, pour les distinguer sur les toits. La plupart des gens n'y accordent aucune attention. Mais certains s'inquiètent de leurs effets possibles sur la santé. Les parents d'élèves de l'école Gerson, à Lyon, protestent ainsi, banderoles à l'appui, contre la puissante antenne-relais installée par Bouygues Telecom sur le toit d'un immeuble à proximité immédiate de l'école. Ils exigent son démantèlement, sans succès jusqu'ici. Les copropriétaires de l'immeuble sur lequel est installée l'antenne font le dos rond. Ils se sont engagés, par contrat, à ne pas révéler le montant du loyer annuel que leur verse Bouygues Telecom. Renseignement pris, celui-ci s'élève à 9 000 euros. Un des arguments qui les a convaincus, au moment de l'installation de l'antenne, était qu'il fallait de toute façon en poser une dans le quartier et que, s'ils refusaient, la manne irait à d'autres... Dans les villes, les copropriétaires sont de plus en plus réticents.


Du coup, les opérateurs choisissent de préférence les logements sociaux, nettement moins regardants. Et puis, dans ce cas, l'interlocuteur est unique. Pas besoin de convaincre une assemblée générale de copropriétaires ! "De très nombreux HLM, dès lors qu'ils ont neuf ou dix étages, se retrouvent avec une antenne collée sur leur toit. Beaucoup plus que les immeubles ordinaires ! On est dans un domaine où inégalité sociale et inégalité environnementale se rejoignent. En gros, ce sont les pauvres qui s'en prennent le plus dans la gueule en matière de champ électromagnétique", explique un élu Vert de Paris.

Le comble est peut-être cet immeuble parisien qui ne compte pas moins de neuf antennes sur son toit, à raison de trois pour chacun des opérateurs, Bouygues, SFR et Orange. De nombreux habitants se plaignent de maux de tête, sifflements dans les oreilles, insomnies.

Les cas de cancer y seraient plus fréquents qu'ailleurs... Ces arguments sont balayés d'un revers de la main par Emmanuel Forest, vice-président de Bouygues Telecom. Il habite lui-même à proximité immédiate d'une antenne-relais (installée par la concurrence) et ne ressent rien de semblable. Il donne l'exemple de riverains qui se sont plaints de maux de tête alors qu'une antenne avait été montée mais pas encore mise en service. Il y a pourtant un indice inquiétant. Depuis 2001, les compagnies d'assurance refusent d'assurer les opérateurs de téléphonie mobile contre les risques sanitaires qu'ils font courir à leurs clients. Elles s'appliquent à elles-mêmes, comme on voit, le principe de précaution.

Dominique Dhombres


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