Tribune libre - 06 mars 2009
Antennes relais : Un lobbying un peu téléphoné… !
Par Stéphen Kerckhove, délégué général d’Agir pour l’Environnement et Janine Le Calvez, présidente de Priartém


Faisant suite à des décisions de justice condamnant les opérateurs de téléphonie mobile à démonter des antennes relais, le lobby du portable active l’ensemble de ses relais pour tenter d’éteindre l’incendie qui couve à proximité des 100.000 antennes relais.

Toutes plus infondées les unes que les autres, les assertions de l’Académie de médecine ou de l’association françaises des opérateurs mobiles (AFOM) semblent uniquement dictées par la volonté de préserver les intérêts bien compris des trois gros opérateurs.

Force nous est pourtant de constater qu’à ce jour, la plus grande incertitude règne en matière d’expertise scientifique. Le doute devrait ainsi dicter la posture de tout scientifique qui se respecte. Or, les certitudes fusent de la part d’experts qui, du haut de leurs incantations, admonestent celles et ceux qui osent remettre en cause des affirmations qui n’ont de scientifiques que le nom.

Il nous faut donc revenir une fois encore aux arguments développés par le lobby afin d’y cerner le vrai du faux. Plus de 1400 études auraient été menées par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) sur les ondes radios et n’auraient pas permis d’établir un lien de causalité entre une exposition chronique et des effets sanitaires potentiels. L’AFOM aime à rappeler qu’à l’aune de ces 1400 études, il n’y a pas lieu de réglementer ce secteur, notamment en baissant sensiblement les seuils d’exposition des riverains d’antennes relais. Etonnamment, cette association regroupant les industriels du secteur oublie de rappeler que ces 1400 études concernent les ondes radios et non celles générées par la téléphonie mobile. Les fréquences ne sont pas les mêmes et les effets non plus. Scientifiquement, la rigueur devrait nous amener à réclamer des études spécifiques en matière d’exposition aux ondes de la téléphonie mobile. Mélanger les ondes radios et celles de la téléphonie mobile s’apparente ainsi à une piètre manipulation dont les ficèles sont un peu grosses…

L’OMS s’est pourtant attachée à étudier l’impact d’une exposition chronique du téléphone portable sur certains types de cancers. Après 10 ans d’utilisation, le programme Interphone, coordonné par l’OMS, laisse à penser qu’il existerait une augmentation statistiquement significative de certains types de cancers. Que faut-il en conclure ?

Que là où des études sont menées, les scientifiques ont l’inquiétude de constater des effets biologiques ou sanitaires. Qu’au regard de la généralisation de cette technologie et du peu de recul dont nous disposons, la plus grande incertitude règne. Que certains scientifiques ainsi que certains politiques ayant fixé les normes françaises laxistes que nous dénonçons entretiennent des liens plus qu’étroits avec le secteur de la téléphonie mobile.

Que paradoxalement, les opérateurs ne cessent de répéter qu’à l’aune des très faibles niveaux d’exposition mesurés à proximité des antennes relais, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Mais, dans le même temps, ces mêmes opérateurs font feu de tout bois pour garder une réglementation fixant des niveaux de champs électromagnétiques les plus élevés au monde, à savoir 41 et 58 volts par mètre, là où certaines études font apparaître des effets biologiques dès 0,6 V/m !

Ce n’est pas rendre service au secteur de la téléphonie mobile que de maintenir des normes qui s’apparentent à un chèque en blanc permettant à des opérateurs d’installer des antennes relais à moins d’un mètre d’une école. L’inquiétude que les élus locaux doivent gérer maladroitement et ce sans véritable outil réglementaire doit être gérée politiquement. Des solutions techniques existent permettant aux opérateurs de développer un réseau de téléphonie mobile qui tienne compte de la santé des riverains. Ces solutions, certes plus couteuses, peut voir le jour si le Gouvernement le souhaite.

Le Grenelle de la téléphonie mobile qui aura lieu le 26 mars prochain doit être un lieu de débat sans a priori. La lettre de mission que le premier Ministre a envoyée à la ministre de la Santé semble fermer le débat en annonçant d’emblée qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter sur les antennes relais, laissant penser que le Gouvernement annonce les conclusions de ce Grenelle avant même qu’il ait eu lieu. Pour nos associations, une telle attitude ne fera qu’accroître l’inquiétude et la détermination des riverains à obtenir une réglementation qui sache s’absoudre de toutes pressions émanant du lobby de la téléphonie mobile.

Que l’Académie de médecines, Martin Bouygues ou tout autre lobbyiste cherchent à préserver une réglementation rédigée par et pour le secteur de la téléphonie mobile est dans l’ordre (ultralibérale) des choses. Que le Gouvernement fonde son analyse sur les mêmes assertions mensongères nous inquiète. Si nous souhaitons participer à ce Grenelle de la téléphonie mobile, ce n’est pas pour faire de la figuration. Nous comptons peser de tout notre poids pour que la santé des riverains passe avant le lobbying des opérateurs.

 
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