AFP - 16 décembre 2008
Les associations en guerre contre le téléphone portable pour les enfants


PARIS - Dix associations, regrettant l'inaction des pouvoirs publics, sont reparties en guerre contre l'usage du téléphone portable pour les enfants et la promotion qui en est faite à l'occasion des fêtes de fin d'année, avec une campagne intitulée "TcherMobile".

L'an dernier à pareille époque, les associations Agir pour l'environnement, chef de file de cette nouvelle campagne, et Priartem avaient déjà vigoureusement protesté contre la commercialisation pour les fêtes d'un nouveau modèle de téléphone pour enfants, alors même que l'Agence française de sécurité sanitaire Afsset préconisait de "limiter l'exposition des enfants au niveau le plus bas possible".

Les associations avaient demandé l'interdiction de ces appareils.

Le 2 janvier -"bien tardivement", notaient les associations- la ministre de la santé Roselyne Bachelot avait invité les parents à la "prudence" dans l'achat et l'usage de téléphones mobiles pour les enfants,"l'hypothèse d'un risque ne pouvant être complètement exclue".

Aujourd'hui, selon les associations, les fabricants se sont fait plus discrets mais les téléphones mobiles destinés aux enfants sont toujours commercialisés sur l'internet. En outre les grands opérateurs proposent des forfaits pour les "moins de 15 ans".

Noël est une période faste pour le secteur, avec 2,5 millions d'appareils vendus autour des fêtes. "On est sur le registre de l'addiction", dit-on chez SFR.

"Comme il n'y a pas de campagne du ministère de la Santé, on prend le relais", notait mardi Stephen Kerchkove, d'Agir pour l'environnement. Dix associations de consommateurs, de défense de l'environnement, d'enseignants et de lutte contre le cancer ont donc lancé une campagne contre l'utilisation excessive du téléphone portable et contre son usage par les enfants.

Plusieurs modèles de cartes postales suggestives -du genre : "un usage immodéré du téléphone portable peut nuire à la santé"- pourront être obtenues auprès d'Agir pour l'environnement et envoyées aux ministre concernés -santé, éducation nationale ou écologie.

Une brochure en quatre pages fait en outre le point sur la "vulnérabilité particulière des enfants" vis-à-vis des rayonnements, ionisants ou pas, les résultats "préoccupants" des études scientifiques, les expertises parfois contestables.

Janine Le Calvez (Priartem) cite une enquête publiée cette année dans la revue spécialisée Epidemiology, selon laquelle les enfants exposés aux champs électromagnétiques in utero ou pendant leur enfance auraient 80% plus de risques de souffrir de problèmes comportementaux et d'hyperactivité.

Selon le Pr Dominique Belpomme, cancérologue et président de l'Artac (association pour la recherche thérapeutique anti-cancéreuse), il existe, avec l'usage des téléphones portables, "un réel problème de santé, malheureusement pas abordé par les pouvoirs publics".

Pour les foetus, "la moindre anomalie va créer une mutation indélébile dans la cellule", souligne-t-il, soupçonnant que ces mutations induisent plus tard "des cancers du sein ou de la prostate, et des troubles de la reproduction". Il parle aussi de "perturbations du système nerveux central" et demande "l'interdiction du portable aux enfants de moins de 12 ans, comme en Grande-Bretagne".

Les résultats de l'enquête internationale Interphone sur les effets des ondes, financée par l'Organisation mondiale de la santé, se font attendre. Mais déjà, assure le Pr Belpomme, "il y a suffisamment d'éléments pour dire que l'utilisation du portable est nuisible pour la santé".


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