www.lepoint.fr - 24 mars 2009
Antenne-relais : le principe de précaution en question Par Laurène Rimondi


Depuis quelque temps, les antennes relais polarisent toutes les angoisses. Selon un sondage réalisé par l'institut BVA à l'initiative des associations, 80% des Français seraient favorables à une meilleure réglementation de leur développement. Si le débat a récemment opposé différentes instances judiciaires et associatives d'une part, politiques et médicales d'autre part, les scientifiques eux-mêmes ne s'accordent pas sur les conclusions à prendre en compte : tandis que certaines études mettent en avant les risques des champs éléctromagnétiques pour la santé, l'Académie de Médecine considére de son côté qu'elles n'observaient pas le bon protocole scientifique.

Or, lundi 23 mars, lors d'un colloque au Sénat sur l'enjeu sanitaire des technologies sans fil, des scientifiques ont mis en avant une compilation de publications tendant à prouver que les champs électromagnétiques pourraient bien être "à l'origine d'un problème de santé publique majeur". "Les effets des champs électromagnétiques sur notre santé sont démontrés par l'observation clinique de très nombreuses investigations toxicologiques et biologiques et certaines études épidémiologiques", soulignent quatre professeurs. Cette déclaration a été signée par quatre chercheurs européens : l'Allemand Franz Adlkofer, coordinateur du projet de recherche européen Reflex qui rassemble 12 équipes de 7 états membres, le Français Dominique Belpomme, cancérologue et les Suédois Lennart Hardell, cancérologue et chercheur, et Olle Johansson, du département de neurosciences du Karolinska Institute. Ils observent qu'il existe "un nombre croissant de malades devenus intolérants aux champs électromagnétiques" et qu'on "ne peut exclure chez eux l'évolution vers une maladie dégénérative du système nerveux, voire certains cancers". Pour ces scientifiques, il y a donc une véritable urgence à appliquer le principe de précaution.

Une réglementation "particulièrement laxiste"

C'est ce que dénoncent aussi les associations Agir pour l'environnement et Priartem qui s'appuient sur le rapport Bioinitiative pour réclamer cette application. Elles estiment que la France dispose d'une réglementation "particulièrement laxiste" alors même que les normes d'exposition maximales, fixées à 41, 58 ou 61 volts par mètre selon les fréquences (900 MHz, 1800 MHz ou 2100 MHz), sont plus élevées que dans bon nombre de pays européens. "Comme le réclame le Parlement européen", les associations demandent donc une baisse "très significative" des valeurs d'exposition maximales aux champs électromagnétiques des antennes relais, à 0,6 V/m. "Certaines régions en Europe, comme la Toscane, sont très bien parvenues à respecter cette norme d'exposition. Nous estimons également que la téléphonie mobile, de part les risques qu'elle comporte, doit être un complément à la téléphonie filaire, et que c'est aux élus de faire en sorte que naisse une prise de conscience" déclare Janine le Calvez, présidente de Priartem.

Une question de santé publique

Une table ronde sur les effets potentiels des téléphones mobiles et des antennes relais sur la santé sera organisée par le ministère de la Santé le 23 avril, à la demande du Premier ministre. Si les différentes instances qui font autorité s'accordaient jusqu'alors sur l'insuffisance de preuve pour remettre en cause la présence des antennes-relais et si l'issue du "grenelle des antennes" semblait déjà jouée, ces nouvelles conclusions pourraient relancer sérieusement le débat. François Fillon, soutenu par l'Académie nationale de médecine , considérait en effet qu'en l'état actuel des connaissances, "l'hypothèse d'un risque pour la santé pour les populations vivant à proximité des antennes-relais de téléphonie mobile ne peut être retenue". Les travaux de l'Académie nationale de médecine allait jusqu'à remettre en cause la condamnation de Bouygues , obligé de démonter une antenne au nom du principe de précaution. Janine Le Calvez souligne que "ce n'est pas la première fois que l'Académie n'est pas la plus vertueuse en matière de prévention, comme pour l'amiante, et qu'elle se positionne du côté des lobbies aux détriments des questions de santé publique", faisant allusion à l'article paru le 11 mars dans le Canard Enchaîné et qui dénonçait les accointances de Bouygues avec les instances. Janine Le Calvez souligne également que si l'issue du grenelle de la téléphonie mobile n'est pas gagnée d'avance pour les associations, la rencontre, le 23 mars, avec la secrétaire d'Etat chargée de l'Ecologie Chantal Jouanno, a permis d'assurer que la questions des antennes-relais sera bien intégrée au débat pendant la table ronde. C'est "une condition à notre participation, et nous allons désormais tenter de faire en sorte que des amendements puissent être proposés et permettre notamment l'abaissement du seuil d'exposition maximal".

"Le réagencement des antennes ne remet pas en question l'obligation de couverture du territoire"

En définitive, et en l'absence d'un discours unique de la communauté scientifique, ce sont le principe de précaution et la question de l'appliquer ou non qui font débat. D'autant plus qu'en l'occurrence, celui-ci va à l'encontre des obligations imposées par l'État aux opérateurs de couvrir l'ensemble du territoire, faute de quoi ils seraient sanctionnés. Dans cette perspective, les déclarations de François Fillon se prêtent à une autre lecture. Priartem remarque toutefois que si "le réagencement des antennes et la baisse d'émission qui seraient nécéssaires pour pouvoir atteindre ce seuil d'exposition, couterait un peu plus cher aux opérateurs, cela ne remet pas en question leurs obligations de couverture du territoire", l'éloignement des zones d'habitation et l'abaissement du seuil d'emission pour y parvenir ne concernant "que 20% du territoire".

 

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