Le dauphiné - 17 novembre 2008
Illuminations de Noël - Beaucoup d'énergie pour faire joli, oui mais…


Les guirlandes en veilleuse

SAVOIE

Ah, les illuminations de Noël ! Leur cortège de lumières, couleurs, motifs et clignotements… Leur féerie cyclique, leur part de rêve, leur promesse de lendemains qui chantent, de cadeaux à déballer avec frénésie… et leurs milliers de kilowattheures consommés. Car depuis une quinzaine d'années, les illuminations de Noël, publiques comme privées, n'illustrent pas seulement le moment des Fêtes. Elles sont le témoin (lumineux) d'un paradoxe. Alors que le discours global tend à préparer les consciences à une ère de gestion scrupuleuse de l'énergie, d'économie, les illuminations n'ont fait que se développer tant et plus. C'est ici une cité olympique qui, l'année dernière encore, s'embrasait début décembre, pour ne s'éteindre que fin mars… Spectacle surréaliste de rues illuminées toute la nuit, et quasi-désertes à partir de 20 heures… Ce sont là des chalets et maisons qui flamboient à en rendre jalouse la voie publique, et glanent même les places de podiums dans des concours dédiés. Jamais nos Noël n'ont été plus lumineux, et l'on peut trouver à cela de nombreuses raisons : mise en valeur facile _ immédiatement “palpable” _ de la commune ; environnement festif créant des envies et susceptible de doper un peu les achats ; émulation entre les villes, les villages, les voisins…

Une campagne pour dénoncer un « grand gaspillage »

C'est mignon, c'est joli, mais pour certains, trop c'est trop. Il y a un peu plus de dix jours, un collectif de quatre organisations non gouvernementales (cf. Repères ci-contre) a lancé une campagne contre ce qu'on pourrait appeler la “pollution lumineuse”, visant à faire « prendre conscience que la lumière peut être néfaste pour l'environnement ». Selon l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), les points lumineux ont augmenté de 30 % ces dix dernières années. En Savoie, pourtant, il semble qu'on a passé le pic de l'orgie électrique, et qu'on enclenche une marche arrière, aussi bien dans la durée, que dans l'intensité des décorations.

Les grandes villes du département réduisent la voilure

À Albertville, où le piéton olympique commençait à s'habituer à voir, quatre mois durant, la ville de nuit comme en plein jour, la municipalité veut marquer un virage. Claude Besenval, adjoint aux Travaux et aux Économies d'énergie, l'explique : « Nous allumerons les décorations le 6 décembre, et elles seront éteintes à la fin des vacances d'Hiver. Nous remplaçons aussi par de nouvelles lampes à leds, qui consomment moins. Nous pensons pouvoir faire 15 à 20 % d'économie. Cela représentait quand même 50 000 € par hiver, juste pour la consommation ! »
À Aix-les-Bains, le dispositif lumineux est en quasi-stagnation (augmentation presque négligeable), avec des économies réalisées sur l'intensité. « On passe petit à petit de la lampe à filament à la lampe à led » explique Robert Pégaz-Hector, « cela peut faire passer une lampe de 15 W à environ 1, 5 W ». Allumées le 5 décembre, les lumières devraient s'éteindre dans la première semaine de janvier.
À Saint-Jean-de-Maurienne, on se veut plutôt moins gourmand qu'avant. Cette année, pour la première fois, l'éclairage festif sera limité au cadre strict d'un mois : du 5 décembre au 4 janvier.

La Motte-Servolex opte pour la sobriété, avec un premier éclairage pour l'ouverture du marché de Noël fin novembre, puis un arrêt, puis une reprise du 22 décembre au 8 janvier. La fin du contrat triennal de location occasionnera peut-être un changement pour l'hiver prochain.
À Chambéry, la période a été légèrement raccourcie, selon Jacky Garbolino, adjoint au Commerce : « Ce sera du 2 décembre au 6 janvier, et l'on passe aux ampoules à basse tension pour faire des économies. Dans notre budget “lumière”, c'est minime. » Un coût global compris entre 9000 euros et 10 000 euros.

REPÈRES “ LE GRAND GASPILLAGE”

“Illuminations de Noël : le grand gaspillage”, c'est le nom donné à la campagne lancée par quatre organisations non gouvernementales le 29 octobre : Agir pour l'environnement, Association nationale pour la protection du ciel et de l'environnement nocturne, Réseau action climat France, Sortir du nucléaire.

PIERRE LASTERRA

 
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