Le Journal du Pays Basque / Euskal Herriko Kazeta - 09 décembre 2008
Les villes ont réduit de plus de la moitié les dépenses en lumière
par Jean Sébastien Mora


La pollution lumineuse est due à un excès d'éclairage public qui se manifeste par un halo lumineux surplombant nos villes et nos villages, masquant les étoiles et perturbant la vie biologique.

L'impact de cette pollution est proportionnel à la taille de la ville, voilà pourquoi au Pays Basque nord, les villes les plus «polluantes» sont celles du BAB et Saint-Jean-de-Luz. Alors qu'un collectif de quatre ONG a lancé, le 30 octobre, une campagne intitulée : «Illuminations de Noël : Le grand gaspillage». Au Pays Basque, les communes réfléchissent depuis quelques années sur ces problématiques énergétiques et environnementales. Exemple : Biarritz, Anglet, Saint-Jean-de-Luz, Bilbo et Donostia qui ont réduit ou modifié considérablement l'éclairage de Noël. Les petites communes comme Saint-Jean-Pied-de-Port sont dans la même logique.

Une bonne réaction quand on sait que l'éclairage public représente dans l'Hexagone 4 % des émissions totales de gaz à effet de serre selon la Direction générale des collectivités locales et l'ADEME.

Cependant, la totalité des grandes villes du Pays Basque n'ont pas encore pris à bras-le-corps l'enjeu de la pollution lumineuse. Ces villes demeurent très en retard face à des villes pilotes comme par exemple Albi ou Rodez. Pour les villes basques, la réduction de la pollution lumineuse reste une préoccupation économique avant d'être environnementale. À noter que le maire de Bayonne, Jean Grenet, n'a pas souhaité nous communiquer les données de la ville de Bayonne sur le thème de l'éclairage public et des illuminations de Noël.

Une prise de conscience

Il sera de plus en plus difficile de prétendre publiquement que l'on est en faveur du développement durable et continuer de gaspiller l'énergie. Pour cette année «la facture d'énergie des illuminations de Noël a pu être réduite de 50 %» nous explique Sophie Vivié, chargé de communication à la ville de Biarritz. Le budget de 2008 consacré aux illuminations durant les fêtes se restreint à 150 000 euros. Des économies grâce à l'utilisation de lampes type LED, «produit le plus économique et le plus fiable sur le marché» confie Sophie Vivié.

Le gaspillage énergétique a aussi bien été pris en compte par Saint-Jean-de-Luz. Depuis 2002, la ville a réduit sa consommation électrique de 70 % avec pour conséquence une économie nette de 75 % sur les dépenses d'éclairage public pendant les fêtes. Chrystel Marty chargée de la communication nous explique qu'il s'agit «de limiter l'impact écologique et économique tout en maintenant la qualité de ces installations». Pour cette année à Saint-Jean-de-Luz, les motifs lumineux choisis sont équipés d'ampoules «basse consommation» et les périodes d'éclairage sont limitées.

Les petites villes ne sont pas épargnées par cette réaction, Garazi pour sa part réduit la durée d'illumination même si «l'économie est beaucoup moins significative puisque nous avons assez peu de motifs de Noël» confie humblement le maire de Saint-Jean-Pied-de-Port, Alphonse Idiart.

Même logique

Côté sud, pour Noël 2008, Donostia et Bilbo se sont également mis à l'heure de l'économie d'énergie. Ainsi, la capitale de Gipuzkoa économise cette année 140 000 euros en misant sur la stratégie de décorer une «zone par quartier» comme l'explique Enrique Ramos conseiller au développement économique à la ville de Donostia. La ville a également fait le choix d'utiliser plus «d'éléments sténographiques et moins de lumières», comme les sapins ou les rennes.

Même chose à Bilbo, la capitale bizkaitar réduit de 25 % la période nocturne d'éclairage de Noël.

Une réaction adéquate selon Stéphen Kerckhove, délégué général de l'ONG Agir pour l'environnement : «le but n'est pas de stigmatiser ou d'arrêter les décorations. Il faut se rendre compte que tout le monde est responsable. Les villes bien sûr mais aussi les décorations des maisons particulières, à grands coups de néons et d'ampoules».

Une réaction tardive

Il reste beaucoup à faire pour les villes basques afin qu'elles diminuent l'impact d'une pollution qui n'est pas sans effets. Cette dernière a des conséquences sur la végétation, les oiseaux migrateurs, les insectes et même des effets probables pour notre santé selon des chercheurs de l'Université de Toronto (Canada). Pour la plupart des lampadaires actuels, 30 à 50 % de la lumière sont totalement perdus car elle va vers le ciel !

La solution ? «Il ne s'agit pas de revenir au Moyen-Âge» explique Georges Daubagna, élu à la ville d'Anglet ; «mais il existe des moyens techniques qui réduisent l'émission de lumière vers le ciel». Par exemple, il faudrait à terme remplacer les lampes à bulles qui émettent 60 % de la lumière vers le ciel. Également, il serait nécessaire de limiter l'éclairage des bâtiments publics et favoriser un éclairage du haut vers le bas de l'édifice.

Le problème c'est le coût de cette restructuration, même si certains représentants publics comme Georges Daubagna sont très sensibles à la question, l'élu d'Anglet nous explique que «les communes sont en pleines restrictions budgétaires». La mise en place d'installations qui privilégient une lumière canalisée vers le sol est difficile à mettre en place. Une dépense qui serait «un investissement» à long terme car elle permet des économies énergétiques assure pourtant l'ADEME en évoquant les villes de Rodez et d'Albi qui ont réduit de trois quarts leurs dépenses liées à l'éclairage public, tout en favorisant l'obscurité du ciel.

Mais, «la ville d'Anglet en temps de crise a hiérarchisé ses priorités avec le social et l'eau comme objectif environnemental prioritaire» confie l'élu à la ville d'Anglet. Ce n'est pas demain hélas que nous pourrons à nouveau voir la voie lactée depuis le BAB.

 
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