Ouest France - 12 décembre 2008
Les illuminations de Noël se mettent en veilleuse
par Jean Sébastien Mora


Elles mettent de l'ambiance. Mais elles coûtent cher et consomment de l'énergie. Cette année, c'est net : les communes lèvent le pied.
Réagissez : faut-il éteindre les illuminations de Noël ?

« Il y a quelques années, on nous aurait traité de pisse-froid. Là, on sent une prise de conscience. Les choses bougent. » Président d'Agir pour l'environnement, le Rennais Dominique Bernard affiche la satisfaction du sportif qui sent le match basculer. Avec un collectif d'organisations écologistes, il milite pour que les villes mettent la pédale douce en matière d'illuminations de fin d'année. Pour la première fois, il a le sentiment d'être entendu.

Les arguments des écologistes ? « Ces illuminations sont un pousse-au-crime. Elles font croire que l'énergie est gratuite, qu'on peut y aller », dénonce, à Nantes, Bernard Courbot, militant de Greenpeace. Lui non plus ne veut pas passer pour un « rabat-joie ». Mais il dénonce « les tonnes de CO2 supplémentaires dans l'environnement. Car, l'hiver, le nucléaire ne suffit pas et on fait tourner les centrales thermiques, pétrole et charbon ».

250 mètres de guirlande, c'est 300 watts

Démonstration sur le cours des Cinquante-Otages, en plein centre-ville. Il montre quatre arbres qui clignotent en rouge et vert. « Environ 250 m de guirlande, à peu près 300 watts. » Dans une rue adjacente, au-dessus des voitures et des piétons, un motif de cloches et de gerbes : « Dans les 200 watts ». Un peu plus loin, un « rideau » de trois mètres sur deux : « 500 watts ».

Les ampoules utilisées sont des « led », à basse consommation, dix fois moins gourmandes en électricité que celles à incandescence. Mais à Nantes, pourtant très raisonnable, les illuminations représenteraient 100 kW de puissance instantanée. Or, rappelle Dominique Bernard, « 1 kW/h équivaut à une production de 600-700 g de CO2. »

« Au départ, c'était une idée sympa d'illuminer les villes. Mais elle a dérivé quand les particuliers s'y sont mis, il y a quatre ou cinq ans. » Ah, ces concours d'illuminations, bêtes noires des écologistes ! Ils ont beau employer, eux aussi, de plus en plus de lampes « led », « le bilan reste négatif car leur fabrication consomme beaucoup d'énergie », assure Bernard Courbot.

Une semaine de moins

Cesson-Sévigné, en Ille-et-Vilaine, fait partie des nombreuses villes qui ont décidé de « lever le pied », comme le dit son maire, le socialiste Michel Bihan. Cette commune de 17 300 habitants aux portes de Rennes, a dépensé l'an dernier 20 000 € pour faire briller la Noël. Cette année, l'élu s'attend à une facture allégée : « On a réduit d'un tiers le périmètre des illuminations ».

Pour la première fois, tout le matériel - loué - est en « led ». Surtout, la commune a mis fin au concours des maisons décorées. « Les participants en mettaient de plus en plus. Il fallait mettre fin à cette surenchère », explique l'élu.

Cesson n'est pas un cas isolé. Un peu partout, les communes réduisent la toile. À Tourlaville, près de Cherbourg ou Alençon, les illuminations dureront une semaine de moins. À Saint-Brieuc, elles ne démarreront que le 15 décembre.

À Saint-Malo, elles seront allumées une demi-heure plus tard, le matin. Coupées une demi-heure plus tôt, le soir. « Il y a une forte attente de la population. Elles sont indispensables : pas de Noël sans elles », assure pourtant Dominique Taillandier, adjointe au maire. Ainsi, le concours de maisons illuminées continue. « Mais on s'interroge ».

À Laval, visite guidée

Dans l'Ouest, il y a surtout Laval pour poursuivre sur le même pied. Mais ici, on est bien loin d'un simple embellissement festif. Créées il y a quatorze ans pour animer le commerce, les « Lumières de Laval » sont devenues un événement touristique, qui attire des visiteurs depuis les départements voisins. « On a même mis en place un circuit avec visite guidée et dégustation de tartiflette pour la clientèle autocariste », détaille Jean-François Blot, directeur de l'Office de tourisme.

Pour ses Lumières 2009, sur le thème de l'Orient, Laval s'apprête à dépenser 240 000 €. « Mais, plaide-t-il, chaque euro investi en rapporte cinq à l'économie locale ».

Marc MAHUZIER.

 
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