Tribune libre publiée sur le site Rue89
Claude Allègre… l’anti-Grenelle !
Par Stéphen Kerckhove, délégué général d’Agir pour l’Environnement, Sébastien Genest, président de France Nature Environnement, François Veillerette, président du MDRGF, Janine Le Calvez, Présidente de Priartém, Hugues Toussaint, président de Bio Consom’acteurs


Rumeurs infondées ou bruits savamment orchestrés, l’arrivée de Claude Allègre au sein du Gouvernement en tant que ministre de l’industrie semble devenir de jour en jour, si ce n’est une réalité, à tout le moins une option suffisamment sérieuse pour qu’elle nous amène à réagir publiquement.

Respectueux des institutions républicaines, nous reconnaissons au Chef du Gouvernement le droit le plus absolu de nommer, en conscience, quiconque comme bon lui semble. Mais nous avons la faiblesse de penser qu’à ce droit doit être accolé un devoir, celui d’écouter les représentants de la société civile que nous sommes. Nous sommes en effet fondés à nous inquiéter de cette arrivée qui représente bien plus qu’un coup politique.

Si une critique ne peut être faite à Claude Allègre, c’est bien celle de cacher ses options idéologiques qui l’ont amené à défendre des orientations politiques que nous avons considérées et considérons encore comme passablement surannées. Le caractère fort peu diplomatique des propos et écrits de cet ancien ministre de l’Education nationale - que d’aucun jugerons comme de la sincérité - n’ont pas seulement provoqué l’ire de la communauté enseignante.

Des organismes génétiquement modifiés au nucléaire, du climat à l’amiante en passant par la controverse relative à la téléphonie mobile, Claude Allègre est devenu l’archétype du mammouth de l’écologie, une sorte d’antithèse du Grenelle qui semble avoir pris un malin plaisir à provoquer le milieu écologique à l’aide de formules qu’un Georges W Bush ne récuserait pas le moins du monde.

Après avoir longtemps nié la responsabilité humaine dans le dérèglement climatique, Claude Allègre s’est également donné pour mission de venter les mérites de la transgénèse appliquée à l’agriculture hexagonale.

La rumeur selon laquelle Claude Allègre prendrait la tête d’un grand ministère de l’Industrie nous interroge quant à la cohérence à rechercher dans l’action d’un Gouvernement qui met au centre de son discours le développement durable, tout en nommant potentiellement un ministre qui représenterait ce qu’il y a de plus archaïque en matière écologique.

Alors que les associations constatent que l’urgence écologique fait face à l’attentisme du Gouvernement, que ce dernier aura mis plus de deux ans à adopter la moindre loi sur l’environnement, que les mots semblent palier l’absence d’actions réelles et sérieuses, l’arrivée de Claude Allègre est au mieux incohérente, au pire le retour d’un refoulé ante-grenellien.

La crise économique semble amener le Gouvernement à opter pour les vielles recettes productivistes qui nous ont pourtant conduits à cette crise… A ce titre, Claude Allègre incarne jusqu’à la caricature cet art de faire de la politique à l’aide de dogmes et certitudes scientistes contestables et contestées. C’est ainsi que Claude Allègre fut l’une des dernières personnalités internationales à refuser les conclusions du Groupement International des Experts sur le Climat ! Représentera-t-il la France dans la grande négociation internationale sur le Climat qui aura lieu en fin d’année à Copenhague ?

Il va de soi que pour nous l’écologie et la défense de l’environnement valent mieux qu’un coup politique. Les crises écologiques, promotrices de crises économiques et sociales sont des choses bien trop sérieuses pour que le Chef de l’Etat nous rejoue un énième épisode de cette fausse ouverture politique et ce sur le dos de l’écologie.

Allègre ou le Grenelle… pour nous, il faut donc choisir !


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