Agir pour l'Environnement - 18 septembre 07
Grenelle de l’environnement : Du discours de la méthode…


Le Grenelle de l’environnement s’apprête à entrer dans sa phase ultime. Réunion après réunion, force est de constater que le dialogue demeure ouvert et que la parole des parties prenantes est libre. Les tabous semblent avoir vécu, à tel point que les associations en sont les premières surprises. Après avoir bataillé pendant des décennies pour être écoutées et entendues, les ONG de protection de l’environnement semblent avoir trouvé un cadre de débat particulièrement propice aux échanges. Après avoir été un non-sujet, l’environnement devient phénomène central, polyphonique, assourdissant.

La nouvelle majorité a bien perçu l’intérêt d’associer largement les partenaires environnementaux à une discussion à bâtons rompus, quitte à organiser un brouhaha dans lequel les voix discordantes deviennent inaudibles. Dès l’annonce d’un Grenelle de l’environnement, d’aucuns se sont inquiétés du résultat à attendre d’une négociation portant sur autant de thèmes, sans hiérarchie ni organisation précise. En faisant appel à l’expertise associative pour alimenter ce Grenelle de l’environnement, le nouveau pouvoir en place a dépolitisé ce rendez-vous. Car pour qu’un Grenelle de l’environnement soit politique au sens noble du terme, il y a nécessité à inscrire le débat dans le temps long de la décision et de sa mise en œuvre.

Le nez dans le guidon, les associations manquent de clairvoyance puisqu’elles ne maîtrisent pas le cadre qui les accueille. Le Grenelle de l’environnement est-il un moment de débat généralisé, un lieu de décisions, un cadre pérenne permettant une mise en œuvre et une évaluation des politiques publiques ? Comme à l’occasion de la première conférence de citoyens sur les OGM tenue en 1998, la question de l’interaction entre un débat particulièrement ouvert et une décision politique figée et décevante doit être posée. Or, force est de constater que les ONG naviguent à vue. La date même de la négociation finale demeure sujet de supputation et les lieux et dates des débats locaux, prévues sous quinzaine, restent méconnus. Comment participer à une négociation sans en connaître ni les règles ni les finalités ? N’y a-t-il pas un peu d’angélisme à croire que l’absence de cadre préétabli ne serait que la conséquence d’une inorganisation latente née de la nouveauté de cette procédure ?

Le Grenelle de l’environnement est le théâtre d’enjeux qui dépassent de loin la ténacité des associations qui y participent. Ce débat fourretout brouille les repères et tant à faire croire qu’un débat fusse-t-il très riche équivaut automatiquement à une décision favorable. Il existe manifestement un hiatus entre le « dire » et le « faire ».

Une victoire politique repose sur le triptyque Débat/Décision/Mise en œuvre. La multiplicité des acteurs en présence et leurs intérêts divergents nécessiteront plus qu’un Grenelle de l’environnement. L’expérience nous a maintes fois prouvés que les véritables difficultés commencent quant le débat se clôt. Sans a priori d’aucunes sortes, il y a nécessité à clarifier une méthode particulièrement elliptique, au risque de cautionner, au travers d’un simple débat, des décisions en demi-teinte.

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