• POINT DE VUE daté du 27 juin 2008
    Par Stéphen Kerckhove, délégué général d’Agir pour l’Environnement et Janine Le Calvez, présidente de Priartém

    Téléphonie mobile : Les rats français plus résistants que les rats belges ?


Paris, le 26 juin 2008 : Dans une thèse récente, Dirk Adang, de l'Université catholique de Louvin (Belgique) démontre que l'exposition de rats aux champs électromagnétiques de la téléphonie mobile durant une période de 18 mois accroît significativement leur taux de mortalité. Le rat partage 90% de son patrimoine génétique avec l'Homme.

Cette recherche, qui est la première à formuler des résultats à l’issue d’une exposition de longue durée, met en évidence l’inadaptation des normes nationales en vigueur.

Le chercheur souligne en effet que cette exposition produit un stress dans la formation du système sanguin après une exposition inférieure à ces normes. Cette étude est à mettre en parallèle avec l'étude de l'Université de Clermont-Ferrand qui a démontré, sous l'égide du Professeur Ledoigt, que des plants de tomate exposés à une fréquence utilisée par le portable à des niveaux très faibles produit également, en réaction, un stress tout à fait caractéristique. A l'autre bout de la chaîne, les enquêtes épidémiologiques, notamment celles menées dans le cadre du programme Interphone coordonné par le centre international de recherche sur le cancer, révèlent une augmentation statistiquement significative des risques de cancers du cerveau, au-delà de 10 ans d’utilisation du portable. C’est ce faisceau d’indices convergents conjugués à l’opacité entretenue sur ce dossier qui a incité 20 scientifiques très réputés, dont une majorité de cancérologues, à lancer un appel afin que ce dossier soit traité comme un dossier sérieux de santé publique.

Les associations constatent une fois encore que l'accumulation de ces signaux inquiétants ne semble pas sortir de sa torpeur estivale le ministère de la santé. Pire, pour bien verrouiller le dossier et surtout la communication scientifique officielle sur celui-ci, la Direction Générale de la Santé semble avoir accueilli, en son sein l'un des principaux «scientifiques » promoteur de la thèse du déni de risque. Celui-ci qui est par ailleurs membre du comité d’experts spécialisés « agents physiques » de l’AFSSET et co-auteurs de la plupart des travaux d’expertise sur la question, s’est spécialisé sur les études concernant les effets des champs électromagnétiques sur les rats. Mais, contrairement au chercheur belge, Dirk Adang, il n’en a jamais déduit que l’on puisse en tirer la moindre source d’inquiétude (quelques maux de tête, peut-être).

Il est vrai que pour voir apparaître un certain nombre d’effets tels que cancers ou accroissement du taux de mortalité, il faut non seulement définir une dose mais également un temps quotidien et une durée suffisante d’exposition des sujets observés. Une recherche sur un mois a toutes les chances de donner des résultats nettement plus rassurants qu’une recherche sur 18 mois. Les études sur les conséquences des OGM réalisées par et pour Monsanto, ont bien montré que le choix de la durée pendant laquelle on expose les sujets constitue l'un des éléments essentiels permettant de retenir ou de rejeter l'hypothèse d'effets à long terme.

Pourquoi les conditions nécessaires à la réalisation de telles recherches sur les effets des faibles doses à long terme n’ont-elles pas été retenues par nos éminents spécialistes nationaux, c’est la question que tous les citoyens-cobayes, exposés depuis des années déjà, au quotidien, sont en droit de leur poser.

Nous ne pouvons que nous associer à ces interrogations et exiger que tous les résultats préoccupants, toutes les alertes récemment lancées se traduisent à travers des actions politiques responsables.

Le « circulez, il n’y a rien à voir » n’est plus audible et engage tant la responsabilité des scientifiques qui le soutiennent que celle des politiques qui s’en contentent.


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