Le Canard enchaîné – mercredi 19 novembre 2008
Promis-juré-menti


C’est une petite anecdote, comme ça, en passant. Une histoire de pouvoir, de parole donnée, de simples citoyens et de foutage de gueule, très d’époque. Jeanine Le Calvez préside l’association Priartém, laquelle bataille depuis des années pour alerter sur les dangers potentiels et avérés de la téléphonie mobile. A force, cette remuante association est devenue incontournable, comme on dit, sur le sujet : sérieuse, bosseuse, connaissant ses dossiers sur le bout des doigts, dans un domaine où n’existent que deux autres associations, Agir pour l'Environnement et Robins des toits. Le mois dernier, Jeanine Le Calvez apprend par la presse qu’une importante réunion va se tenir sur le sujet, le 17 octobre, au secrétariat d’Etat d’Eric Besson : il s’agit de mettre au point une « charte nationale » qui, entre autres, doit « améliorer le code des bonnes pratiques, notamment pour les antennes-relais ».

Premier étonnement : Besson, le fameux transfuge du PS est censé s’occuper du « développement de l’économie numérique », et pas du tout de protection de la santé publique, or le voilà qui pilote désormais ce dossier sensible de la téléphonie mobile. Deuxième étonnement : aucune association n’est invitée, alors que les opérateurs Bouygues, Orange, SFR et l’Association des Maires de France le sont. Opiniâtre, Jeanine Le Calvez annonce par lettre ouverte qu’elle va s’inviter à cette réunion plénière. Du coup, elle est reçue en catastrophe au cabinet de Besson. Vous vous méprenez, lui disent les conseillers du secrétaire d’Etat, il ne s’agira pas d’une vraie réunion, mais de simples auditions séparées. D’ailleurs, on va vous auditionner tout de suite, oui, oui, on écoute bien ce que vous avez à dire, chère madame. Mais, le 17 au matin,, sur France 2, Besson annonce que ce qu’il va présider dans la journée, c’est bel et bine une réunion. On m’a menti, constate Jeanine Le Calvez. Elle se pointe tout de go au secrétariat d’Etat, en ayant soin d’alerter les cameramen de France2. Palabres, terrible gêne des menteurs pris la main dans le sac. Elle insiste pour participer à la réunion, on la bloque, mais, comme ce n’est pas la première énergumène venue, Besson la reçoit en aparté. Il lui explique que les représentants des associations n’ont pas été invités car il ne voulait pas mettre autour d’une table « des gens qui allaient passer leur tempsà s’invectiver ». Ben voyons… Besson lui fait deux promesses et, pour lui prouver sa bonne foi, les écrits noir sur blanc ! Un, il recevra les associations avant quinze jours. Deux, il les associera à la prochaine réunion plénière. Promis-juré. Et bidon : un mois plus tard, Besson n’a toujours pas reçu les associations, lesquelles n’ont toujours pas été invitées à la prochaine réunion, dont la date leur est d’ailleurs inconnue.

Admirable, non ? D’un côté, les politiques et les industriels qui font leur petite tambouille entre eux ; de l’autre, ces emmerdeurs de citoyens qu’on tient à distance par tous les moyens, la promesse bidon, le mensonge, l’enfumage. Sarkozysme deuxième année, section « Etat irréprochable ».

Jean-Luc Porquet




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