Dominique Voynet : "Pas de garanties aux consommateurs"
Le Figaro - 20 juin 1998


Le Figaro. - La conférence de citoyens est organisée alors que l'autorisation de cultiver du maïs transgénique est déja prise. N'est pas un peu vain ?

Dominique Voynet. - Si le gouvernement précédent avait été plus prudent, on aurait pu réunir la conférence de citoyens avant d'autoriser la mise en culture du maïs Novartis. J'ai entériné la décision, car c'est la France qui avait initié la demande auprès de la Commission européenne. J'ai notamment fait état de mes réticences sur un point qui n'a pas été assez débatu : ces plantes sont-elles vraiment utiles pour les agriculteurs ? J'ai l'impression que le débat n'est pas tranché entre eux. Certains craignent la dépendance accentuée des grandes firmes agroalientaires et la disparition des petites exploitations. Par ailleurs, il y a de nombreuses autres autorisations en instance, pour lesquelles la conférence arrive au bon moment.

- Si les citoyens émettent un avis très réticent, comment le gouvernement en tiendra compte ?

- Aujourd'hui, il faut assumer le fait de dire que nous ne pouvons apporter de réponses définitives à certaines inquiétudes. Le gouvernement a évolué avec les citoyens sur un débat qui n'existait pas même pas il y a quelques années. J'ai entendu au Conseil européen les Danois, les Italiens, les Suédois dire qu'ils ne voteraient pas la proposition de la commission (NDLR : contre l'Autriche et le Luxembourg). Cela veut dire que le débat qui est politique et non technique fait du chemin dans l'opinion publique. S'il y a une position solide au niveau européen pour dire : "on ne souhaite pas accepter l'arrivée sur notre continent de pratiques qui n'apportent pas d'avantages à notre agriculture", ce ne sera pas un drame.

Il faut aussi se demander si le risque est acceptable, au regard des bénéfices attendus. Les manipulations génétiques pour les applications médicales ne font pas débat dans notre société parceque leur bénéfice est immense au regard des risques. Personne ne dit qu'il ne faut plus faire de synthèse d'insuline ou d'hormone de croissance par génie génétique. Dans le cas des OGM en agriculture, c'est beaucoup moins clair.

- N'est-il pas déjà trop tard pour les consommateurs, qui seront forcés de manger des plats contenant des OGM ?

- Beaucoup d'aliments en contiennent probablement, il faut être lucide. Des produits contenant des OGM sont déjà commercialisés sans étiquetage. D'autres trompent sciement le consommateur en disant : "Produit avec des biotechnologies modernes". A cette égard, les règles d'étiquetage qui viennet d'être approuvées par Bruxelles clarifient tout de même la question.

Malheureusement, je ne crois pas qu'il puisse y avoir une traçabilité parfaite. Il y a quelques années, on avait retrouvé dans un pays du tiers monde des blès contaminés par Tchernobyl, blanchis sous pavillion d'un Etat européen, exportés avec des subventions européennes au titre de l'aide alimentaire. Pourtant, c'est bien plus simple de détecter un aliment radioactif qu'un aliment transgénique.

Pas démocratique

A mon sens, les produits devraient être en fait présumés contenant des OGM, sauf si un étiquetage les garantit sans OGM, et non l'inverse. Le doute devrait bénéficier aux consommateurs qui veut être sûr de ne pas manger tra,sgénique s'il le désire. Malheureusement, pour des raisons administratives, nous n'avons pas pu prposer cet amendement dans la décision sur l'étiquetage : nous n'avions le choix qu'entre le compromis qui a été adopté et la position initiale de la Commission qui était pire.

Il y a d'ailleurs là un vrai problème dans la prise de décision européenne sur les OGM, qui n'est pas très démocratique.

C'est un dossier très dur et horriblement complexe. Aujourd'hui, je suis extrèmement frustrée de ne pas pouvoir donner des arguments solides au consommateur.

Propos recueillis par F.N.-L.

 

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