Lionel Jospin embarrassé par le maïs transgénique
Le Figaro - 17 juin 1998


Si Paris persiste à empêcher l'écoulement en Europe des produits transgéniques améliorés, Washington pourrait riposter.

Lionel Jospin arrive aux Etats Unis pour "expliquer la France", - une tâche jamais aisée aux Etats-Unis-, parler de son redressement économique, de son gouvernement de gauche plurielle, de son rôle en Europe et de son désir de dialogue constructif avec une Amérique plus prospère que jamais. A Washington, le premier ministre sera reçu par Bill Clinton et Al Gore, c'est à dire presque comme un chef d'Etat. Il logera par exemple avec son épouse à Blair House, résidence voisine de la Maison Blache et généralement réservée aux chefs d'Etat.

Durant ses entretiens en tête à tête avec plusieurs membres de l'administration et du Congrès, le premier ministre français entendra beaucoup parler du contentieux commercial sur le maïs transgénique quiirrite Washington. Tant que Paris refuse de publier les arrétés nécessaires, les Americains sont en effet frappés d'une interdiction d'exporter vers l'Europe certains types de maïs transgéniques.

Bruxelles a pourtant donné son feu vert à l'entrée de ces produits en Europe, mais faute de la publication par la France des textes nécessaires, les Etats-Unis risquent de perdre par exemple un contrat de vente de maïs de 200 à 250 millions de dollards dans la péninsule Ibérique.

Pression des Ecologistes

Sous la pression des écologistes, Montignon tarde à autoriser ces produits soupçonnés de dangers potentiels assez al définis. Une conférence de citoyens qui doit s'achever le 21 juin est censée donner une indication à Matignon sur l'état de préparation de l'opinion française à une révolution agricole -les produits transgéniques- qui aux Etats-Unis ne se heurte à aucune opposition sérieuse.

On ne peut exclure des menaces de rétortions américaines si d'ici à la fin du mois ce dossier n'est pas débloqué. Au-delà des contrats immédiats que les Américains pourraient perdre, c'est toute la question de l'attitude de la France à l'égard des OGM qui inquiète les Américains.

On ne comprend pas, ici, que la France, troisième puissance agroalimentaire du monde, refuse de suivre des progrès génétiques qui permettent de produire des denrées plus riches en protéines, moins chères et avec moins de pesticides.

Ce marché-là, toutes denrées confondues, se chiffre en centaines de milliards de dollards. Les Américains avec Monsanto et Du Pont sont les leaders de ce secteur, avec le groupe suisse Novartis. Une fois de plus, la France se retrouve accusée d'obstruction face aux grandes tendances mondiales de la technologie et du commerce.

Washington - Pierre-Yves Dugua

 

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