Stéphen Kerckhove : nous voulons un moratoire
Les Echos - 19 juin 1998


Les échos - Michel Degrangy :
La conférence de citoyens va-t-elle permettre réelllement aux consommateurs d'avoir une idée plus précise sur les Organismes génétiquement modifiés (OGM) ?

Stéphen Kerckhove : Cette conférence comme son nom l'indique concerne les citoyens qui sont aussi des consommateurs concernés au premier chef, notamment au travers du problème de l'étiquetage. Sur ce point, la réglementation européenne adoptée récemment par les Quinze prévoit de mentionner sur les étiquettes des produits "Contient" ou "Ne contient pas" des OGM. Selon cette disposition, il serait donc mensonger de spécifier qu'un produit "ne contient pas" d'OGM, alors qu'on peut y déceler des traces mêmes infimes. Or, nous sommes en train de nous acheminer vers cette situation puisqu'il est question qu'un produit avec moins de 2% d'OGM puisse être étiqueté "ne contient pas" ! pour éviter ces euils, il faudrait faciliter l'émergence d'une filière garantissant des installations totalement exemptes d'OGM. Ce qui revient à construire des sillos et des infrastructures totalement séparés les unes des autres. Du fait des coûts prohibitifs qu'une telle décision engendrerait, nous demandons un moratoire. Mais aussi pour avoir le temps de vérifier si les OGM entrainent des risques pour la santé et l'environnement. La Conférence de citoyens doit être un moyen de lancer le débat public et non pas un fin.

Les échos : Un des atouts des semences transgéniques est de limiter le recours aux pesticides et insecticides. N'est pas positif aux yeux de votre association qui défend l'environnement ?

Stéphen Kerckhove : A notre sens, c'est une très grosse erreur d'avoir autorisé la mise en culture du maïs transgénique avant d'en avoir débattu publiquement car il y a une grande incohérence dans ce dossier. D'un coté, le gouvernement a autorisé la mise en culture de certaines variétés transgéniques afin d'augmenter la production. De l'autre coté, en septembre, il présentera un projet de loi agricole qui défend une politique basée sur le repect de l'environnement. Nous adhérons évidemment à cette deuxième idée. Seulement en France, cette sitouation va se révéler vite incohérente : le gène Bt, contenu dans le maïs Novartis, résiste à la pyrale, or l'INRA a montré que cet insecte va devenir à son tour de plus en plus résistant à ce gène, contraignant les producteurs à utiliser des insecticides de plus en plus puissants. C'est un cylce sans fin. Les problèmes environnementaux sont donc réels et les risques pour le consommateur aussi.

* Agir pour l'Environnement a été à l'origine du collectif "Alerte aux OGM" auquel participent Greenpeace, France Nature Environnement, la Confédération paysanne, le CNAFAL, Ecoropa.

 

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