G7 agricole : la France empêtrée dans son addiction aux engrais
Communiqué de presse
Publiée le 8 juin 2026Ce lundi 08 juin, la France réunit les ministres de l'agriculture du G7 pour « sécuriser l'approvisionnement en engrais », dont le coût a été multiplié par deux depuis le début de l'année. Au lieu de profiter de la crise énergétique pour se sevrer de son addiction aux engrais, notre pays choisit de renforcer un modèle climaticide et ruineux.
Le modèle agro-industriel, basé sur une course ultra-libérale aux rendements et à la production de masse, dépend fortement des engrais phosphatés et azotés. Les premiers ont été récemment mis en cause en raison de leur teneur en cadmium, les seconds sont à la fois une gabegie économique et une catastrophe climatique.
Engrais azotés : un impact dramatique sur le climat
Les engrais azotés, fabriqués à base de gaz naturel (notamment russe), produisent après leur épandage dans les champs du protoxyde d'azote (N2O) qui est le gaz à effet de serre le plus puissant (300 fois plus que le CO2, 10 fois plus que le méthane). Ce fait n'est hélas pas suffisamment connu : les engrais azotés sont le premier poste climaticide de l'agriculture française et européenne (devant même l'élevage).
Cette responsabilité considérable de l'azote de synthèse dans le dérèglement climatique devrait suffire à engager de grandes politiques pour réduire drastiquement son usage – sachant que les alternatives existent depuis longtemps ; l'agriculture biologique s'en passe d'ailleurs entièrement !
Un modèle agricole obsolète et coûteux
La guerre russe en Ukraine, puis le blocage du détroit d'Ormuz suite à l'offensive étatsunienne contre l'Iran, ont conduit à une augmentation spectaculaire de la valeur du gaz naturel et en conséquence des engrais azotés. Le prix de l'azote agricole est ainsi passé de 400 € la tonne à 800 € en quelques mois. Ce devrait être l'occasion de rétablir enfin la réalité des coûts relatifs des différents modèles agricoles, et de redonner à l'agriculture biologique la compétitivité qu'elle mérite face à une agro-industrie mortifère.
Que nenni : la France préfère gaspiller l'argent public pour soutenir à bout de bras ce modèle biberonné à l'azote. Ainsi, notre pays défend depuis des mois au sein de l’Union européenne une compensation de la hausse des prix auprès des agriculteurs… pour essayer de déroger aux règles de taxation des importations néfastes au climat.
Les demandes d'Agir pour l'environnement
Pour Jacques Caplat, coordinateur des campagnes « agriculture et alimentation » à Agir pour l'environnement, « c'est plus ou moins comme si notre pays décidait de consolider et de subventionner le trafic de drogue au lieu d'investir dans l'accompagnement des usagers vers la désintoxication. »
L'urgence pour ce G7 agricole devrait au contraire porter sur les dispositifs permettant d'aider les agriculteurs à se sevrer de l'azote de synthèse : développement des légumineuses, reconnexion entre cultures et petits élevages, soutien massif à l'agriculture biologique. On ne résoudra pas la crise climatique et la crise agricole en regardant vers le passé, mais en se tournant enfin vers l'avenir.
Contacts presse
- Jacques CAPLAT I Coordinateur des campagnes agriculture et alimentation chez Agir pour l'environnement
- Stéphen KERCKHOVE I Directeur général d'Agir pour l'environnement