« NO(s) FUTURE(s) » : les mobilisations lycéennes au cœur des Chroniques terriennes
Actualité
Publiée le 13 octobre 2026À l’occasion de l’« acte 5 » de la mobilisation lycéenne, organisée ce mardi 13 octobre 2026 partout en France, découvrez « NOs FUTUREs », le nouvel épisode des Chroniques terriennes.
Chaque mois, Stéphen Kerckhove, directeur général d'Agir pour l'environnement, publie ses Chroniques terriennes dans la revue Silence. Ce mois-ci, au vu de l'actualité brûlante, la chronique paraît exceptionnellement en amont et en ligne. Silence est un média indépendant et participatif qui porte une écologie intersectionnelle.
Mais qui aurait pu prédire… qu’une jeunesse dont l’avenir se résume à s’en inquiéter renoncerait à courber l’échine et finirait par se lever ?
Mais qui aurait pu entrevoir que des lendemains qui déchantent sous l’effet de canicules lourdes de menaces ne seraient pas « notre projet » ?
Mais qui aurait pu imaginer que l’autopersuasion d’une classe dirigeante qui baigne dans une satisfaction repue ne serait pas à même de mesurer le degré d’acrimonie d’une génération sacrifiée ?
Mais qui aurait pu cerner la peur qui nous assaille à la seule vue de sondages nous annonçant, sur un ton satisfait et performatif, l’arrivée au pouvoir d’une extrême droite autoritaire, raciste et antisémite ?
Les mobilisations lycéennes ont ceci de revigorant qu’elles ne se contentent pas de négocier le cadre pour l’ajuster aux contraintes que les « destructivistes » ont eux-mêmes définies. Cette jeunesse « excessive », qui n’a pas le bon goût de marcher sagement en négociant la date de la fin du monde, bouscule ce vieux monde en surchauffe.
La réaction violente d’un extrême centre autoritaire est une preuve définitive que ces jeunes ont touché juste. Par facilité, les gardes-chiourmes du capitalisme triomphant tenteront évidemment de réduire cette bulle d’émancipation à des besoins matériels : des gommes et des crayons, à défaut d’une planète habitable.
L’éco-anxiété n’est pas un projet
Le peu de perspectives offertes par le nihilisme contemporain, son absence de sens et de morale, ont fini par induire une grande lassitude mêlée d’une immense colère.
Face à celle-ci, le pouvoir réagit comme il l’a toujours fait : violence indiscriminée qui relève de la punition collective, numéro vert et cahiers de doléances. La mobilisation des « darons » et des « daronnes », visant à limiter les dégâts d’une police qui tire à vue, arrachera au mieux des lacrimos « bio » et des LBD en plastique recyclé, moyennant un appel rassurant à l’apaisement et au calme.
Face au climat de crise engendré par la crise du climat, nul doute que la vieille stratégie de la « carotte et du bâton », déployée ad nauseam par un pouvoir aux abois, n’a pas vocation à répondre aux malaises exprimés. Tout juste permet-elle de gagner du temps pour que les puissants puissent amasser encore quelques miettes d'un gâteau avarié préparé durant les Trente Glorieuses.
Les élections à venir doivent être l’occasion de bousculer ce jeu écrit d’avance et d'arracher, rien de moins, un futur désirable. Pour ce faire, nécessité fait loi. Retrouver le goût de l’avenir, c’est accepter que l’engagement soit irrespectueux des institutions bourgeoises. Nous avons cramé une planète dans la plus parfaite indolence et nous nous offusquerions d’une poubelle brulée ? Deux poids, deux démesures…
Photo : Aurelio Cárdenas – Wikimedia Commons – CC BY 4.0.
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