PPE3 : un choix énergétique à contre-courant de l’urgence climatique et de la démocratie
Communiqué de presse
Publiée le 23 février 2026La publication de la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) confirme une inflexion majeure de la politique énergétique française : au lieu d’accélérer massivement le développement des énergies renouvelables et des politiques de sobriété, le gouvernement fait le choix d’une relance nucléaire coûteuse, risquée et une consommation électrique toujours plus démesurée, profondément inadaptée aux enjeux climatiques actuels.
Alors que l’urgence climatique impose de déployer rapidement des solutions disponibles, décentralisées et compétitives, la PPE3 réduit l’ambition des trajectoires renouvelables, introduit des mécanismes de ralentissement possibles via des clauses de révision, et mise au contraire sur un programme nucléaire dont les effets ne se feront sentir qu’après 2040.
Un affaiblissement inquiétant des énergies renouvelables
Les objectifs pour l’éolien et le solaire sont revus à la baisse par rapport aux trajectoires précédemment envisagées. Le gouvernement privilégie le renouvellement de parcs existants plutôt que le déploiement de nouvelles capacités, ralentissant ainsi l’augmentation de la production renouvelable.
Plus grave encore, la PPE3 ne fixe toujours pas clairement d’objectif de part des énergies renouvelables dans la consommation finale d’énergie, préférant diluer ces objectifs dans une catégorie plus large d’ « énergie décarbonée » incluant le nucléaire. Cette approche entretient la confusion et retarde la transition vers un système énergétique réellement durable.
Un pari nucléaire risqué et coûteux
La PPE3 entérine la construction de six nouveaux réacteurs EPR2, avec la possibilité d’en ajouter huit supplémentaires. Ce choix stratégique engage la France pour plusieurs décennies, alors même que le coût réel du programme demeure opaque.
Les chiffres officiels évoquent 72 milliards d’euros pour six réacteurs, mais cette estimation repose sur des hypothèses partielles et optimistes. Une fois intégrés les effets de l’inflation, les coûts intercalaires, les dépenses de mise en service, de démantèlement et les mécanismes de soutien public nécessaires pour garantir la rentabilité du projet, la facture totale pourrait approcher ou dépasser 200 milliards d’euros.
Ce programme ne peut être viable qu’au prix d’importantes aides publiques, d’emprunts à taux bonifiés et d’une garantie de prix de l’électricité sur quarante ans. En cas de prix de marché inférieurs, la différence serait payée par les contribuables. Autrement dit, les profits seraient sécurisés tandis que les risques seraient assumés collectivement.
Une évolution de la production électrique sans précédent
De façon saisissante, les prévisions de production d’électricité décarbonée de la PPE3 sont encore plus élevées que celles annoncées par RTE en décembre 2025, avec un bond compris entre 38 et 113 TWh selon les scénarios, pour atteindre entre 650 et 693 TWh en 2035, contre 453 TWh en 2023.
À aucun moment de son histoire, pas même durant les Trente Glorieuses ou lors du déploiement massif du programme nucléaire, la France n’a réussi à augmenter sa production et donc sa consommation d’électricité à un rythme aussi élevé en un laps de temps aussi court.
Les demandes d'Agir pour l’environnement
- une révision de la PPE afin de remettre les énergies renouvelables et la sobriété au cœur de la stratégie énergétique ;
- une transparence totale sur les coûts réels du programme nucléaire ;
- un débat démocratique national sur les choix énergétiques de long terme.
Face à l’urgence climatique, la France ne peut se permettre des paris industriels hasardeux. La transition énergétique doit reposer sur des solutions efficaces aujourd’hui, et non sur des promesses coûteuses pour demain.
Contacts Presse
- Oliver CHARLES I Coordinateur des campagnes climat, énergie et transports chez Agir pour l'environnement
- Stéphen KERCKHOVE I Directeur général d'Agir pour l'environnement